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L' Empire des sens

L' Empire des sens

Réalisé par : Nagisa Oshima
Avec : Tatsuya Fuji,Eiko Matsuda,...
Sortie le : 29 décembre 1976
Film : Japon, drame, 1976, Couleur, Interdit -16 ans
Durée : 1h 50min
Note moyenne des spectateurs : *****
 
 
Synopsis
Tokyo, 1936. La serveuse Abe Sada devient la maîtresse de son patron, Kichizo. Leur relation se transforme en une sorte de rituel érotique et morbide où aucun des deux n'arrive à satisfaire sa soif de possession. Cette passion s'achèvera tragiquement pour Kichizo.
 
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Commentaires
Note moyenne des spectateurs : *****

celia, le 01.11.2006 à 11.48 *****
l'amour à mort - la puissance de la chair et du coeur 阿部 定 abe sada est une ancienne prostituée reconvertie en serveuse dans une auberge de tokyo, elle tombe amoureuse de kichizi ishida, le gérant de l'établissement
naît alors une passion dévorante et exclusive entre les deux amants qui consument leur relation en jeux de plus en plus morbides jusqu'à l'issue funeste relatée dans les faits divers de mai 1936

dire que cela aurait pu être l'un des derniers films de nagisa oshima, bien lui a pris de continuer, pour être reconnu au delà de l'archipel pour ses oeuvres engagées et controversées, ce film aurait pu sonner le glas d'une belle carrière cinématographique...
certains et certaines peuvent avoir une perception vertigineuse de la sexualité nipponne après avoir vu ce film, la passion destructrice ici contée est universelle si je puis me permettre, que ce fait divers sanglant ait eu lieu au pays de soleil levant ne doit pas cristalliser des moeurs 'forcément' déviantes et transgressives
en matière de pellicules maculées de perversions, les cinémas italien, américain et autres ne sont pas en reste avec "orange mécanique", "venus in furs", "singapore sling", "salo"... ce qui a pu choquer à l'époque ce sont les coïts filmés au plus près, ne cachant ni le pubis ni la verge, cette dernière aurait pu être dissimulée hypocritement, car il était tellement facile d'exposer seulement la femme dénudée, c'en était banal, voire normal...
ici et maintenant, ce sont les corps nus de l'homme et la femme, leurs sentiments dévoilés et leur folie narrée; plus qu'un conte érotique, ce film est une photographie des moeurs au début de l'ère showa

être prostituée n'était pas bien vu, mais toléré, et des fois très recherché, seulement abe sada ne peut fuir son passé, pour se débarrasser d'un mendiant embarrassant qui l'a reconnue, elle accepte de se découvrir pour le soulager, même vieux, sale et repoussant, que peut on refuser à un homme qui n'aspire qu'à quelques minutes de vain bonheur? en bonne japonaise, elle s'exécute avec une empathie des plus naturelles
abe sada, outre sa beauté particulière et son tatouage de scorpion à l'oreille gauche, pourrait être une maîtresse comme les autres pour kichizi, il n'était pas rare que l'homme marié trompe sa femme avec les domestiques ou les employées, seul comptait un niveau apparent de respectabilité et de bienséance, toute relative toutefois...
l'homme, son statut social, son autorité de sexe fort, tout lui est donc permis, kichizi s'autorise à user de son pouvoir sur sada, la fouillant et la faisant se soumettre, la femme japonaise intimidée, mais dont le rituel est rôdé ne fera que s'offusquer d'abord puis s'incliner, que pourrait elle faire d'autre que de courber l'échine? la dominée contre le dominant? pas si sûr...
s'abandonner à l'ivresse de la chair, ce n'est pas si déplaisant, surtout lorsque l'on convoite l'objet de toutes les attentions, s'agit il d'amour? de la possession certainement, inverser les rôles : et la femme sera le maître des passions, asservissant pour son bon plaisir l'homme, finie la petite japonaise servile qui annonnait à kichizi qu'elle était là pour le satisfaire
car l'homme, dans sa supériorité morale et sexuelle, inspire le dégoût, kichizi fumant sa cigarette pendant que sada lui prodigue une fellation appliquée, ne restera pas ainsi longtemps, prise de conscience de sada? "quelle drôle de fille" dit il... oui, plus qu'il ne le croit, lorsqu'elle lève son regard vers lui la tâche accomplie, sa soumission s'écoule autant que le sperme qui s'échappe le long de sa joue
mais sada maîtrise t elle vraiment la situation? il ne suffit pas de se marier en cachette et de séquestrer son amant pour s'assurer de son emprise sur lui, de l'épuiser sexuellement, ne lui donnant qu'en répit le refuge des toilettes... s'il ne peut subvenir à leurs besoins, la femme devra s'en aller pour nourrir cette idylle clandestine avec un vieux professeur qui la paye pour quelques faveurs
cette relation aussi doit être passée sous silence, il n'est pas convenable qu'un professeur respectable soit vu avec une prostituée, cependant il n'aura aucun état d'âme pour passer quelques nuits en sa compagnie
la fin de la femme-objet ce n'est pas pour maintenant... accessoirisée au possible évidemment, seule finalité : le plaisir du maître, lors du mariage de sada et kichizi, on ne rechigne pas à appeler quatre geishas et une maïko pour le divertir, il fallait au moins tous ces bouts de femme... son oisiveté quotidienne est rythmée de saké et de chants, plusieurs geishas se relayent variant le plaisir de la voix et de la voie (...)
sada et kichizi sont ils heureux en fait? on pourrait le croire, une femme transie de passion pour son homme, s'adonnant à la luxure abondamment cela comblerait n'importe qui, mais sada est possessive, jalouse, érotomane, elle pousse l'exotisme de leurs ébats dans des jeux sado masochistes de plus en plus violents, kichizi se prête en victime consentante, le regard mêlé de peur et d'abnégation, il ne vaut mieux pas courroucer une femme amoureuse...
jusqu'où cela ira t il? de sourires et rires complices à la strangulation brutale et l'émasculation punitive, il n'a fallu que quelques semaines à sada pour transformer sa passion en obsession maladive, l'ivresse de la jouissance de plus en plus sadique, l'homme donnant sa souffrance pour sublimer l'orgasme de la femme, la douleur mêlée au plaisir, sentir sa chair vivante et stimulée par les spasmes, on dépasse petit à petit les limites, par amour que ne ferait on pas? ayant pris kichizi au mot quand il lui a offert son corps, elle ne peut imaginer son amant entre les jambes d'une autre pour la satisfaire, seule solution pour sada : garder pour elle ce qui symbolise son amour et sa passion, certes c'est quelque peu radical mais c'était sa seule garantie...

l'empire des sens, où chaque sens est sollicité : l'ouïe par les gémissements lascifs des cordes vocales des femmes et des cordes grinçantes des shamisen, la vue par les étoffes châtoyantes des kimonos de blanc virginal ou de rouge sanguin, les plans baignés par le soleil de fin de journée, le toucher d'une peau caressée par les écrins compliqués des kimonos, le goût de cet oeuf pondu ingénuement ou de ce légume épicé aux effluves intimes que l'on met en bouche pour savourer sa maîtresse, l'odeur ferrique du couteau et du sang comme ultime trace olfactive de l'amant mis à mort
un film esthétique, maîtrisé qui dépasse le voyeurisme attendu, ce n'est pas un film porno... la chair n'y est pas triste, bien au contraire, la chair est animée des sentiments les plus dévastateurs, les corps comme réponses aux désirs les plus violents
mais attention... c'est une histoire tragique qui nous est racontée, et non un manifeste à la castration de tous les mâles libidineux de cette planète...

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