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CINEMA // 17 Août 2011

Antonio Banderas : la mue du serpent

_Par Laura Tuillier (avec Clémentine Gallot)

(c) Lucia Faraig

Vingt ans après leur dernière collaboration, le comédien espagnol le plus caliente de sa génération retrouve son réalisateur de prédilection, Pedro Almodóvar. Dans La Piel que habito, ANTONIO BANDERAS troque sa chemise de latin lover pour la blouse d’un chirurgien plastique givré. Portrait de l’étalon ibère en monstre froid. 

« Pedro ne voulait rien de ce que j’aurais pu amener de l’extérieur ou du passé. Pour ce rôle, il me voulait nu », raconte Antonio Banderas, mi-effrayé, mi-amusé par les exigences d’un réalisateur marionnettiste dont il fut jadis la muse et vers qui il revient à 50 ans. Pedro Almodóvar lui avait offert son premier rôle dans Le Labyrinthe des passions en 1982. De cette idylle artistique naîtront six films, dont cinq tournés à Madrid à l’époque bénie de la Movida, mêlant mélodrame excessifs et comédies trans.

PEAU

Le nouveau film qui les réunis, La Piel que habito, se détache de ce style et confirme le virage hitchcockien pris par Almodóvar depuis Etreintes Brisées (2009). Dans ce thriller dépouillé, Antonio Banderas prend le temps de laisser monter une très froide vengeance. «  Je joue un monstre qui ne ressemble pas à un monstre. Il est poli, réservé, c’est un médecin brillant. Il avance sans être démasqué. » Cerveau habile, homme sans visage façon Georges Franju (Les Yeux sans visage en 1960), Robert Ledgard kidnappe l’agresseur de sa fille pour en faire sa créature (Frankenstein n’est pas loin) et tester sur elle une peau artificielle qu’il croit pouvoir créer. Tout en économie, le jeu de Banderas tranche avec les effusions hystériques de ses débuts. De Matador à Femmes au bord de la crise de nerfs en passant par La Loi du désir, l’hispanique au regard brûlant était devenu l’icône gay des eighties, adulé de Madonna (In Bed with Madonna puis Evita) avant de virer hétéro dans les nineties virilistes d’Hollywood. «  J’ai presque tout joué, je ne raisonne jamais en termes de choix de carrière, je fais ce que je veux », explique-t-il, fier par exemple de son Zorro fleur bleue, destiné à conquérir les foules perdues par ses excursions déjantées chez Robert Rodriguez.

PERRUQUE

Pour son retour chez Almodóvar, Antonio Banderas incarne un salaud à la froideur désarmante. «  Pedro m’a fait jouer des notes que je ne pensais pas à ma portée. Il m’a fait aller vers quelque chose de très grave, de monocorde. » Adaptation d’un roman du Français Thierry Jonquet (Mygale), La Piel que habito est un film-somme dans lequel le réalisateur espagnol dresse l’inventaire de ses obsessions (magnétisme transgenre, travestissement identitaire, passion destructrice…) en les réduisant à leur plus simple expression. Loin des débordements charnels des débuts, il signe un thriller osseux au sommet duquel Banderas se hisse, tel un Dieu vengeur et impassible. Pour la première fois chez Almodóvar, le sexe se détache de l’affectif : «  Le docteur Ledgard pense pouvoir transformer non seulement l’apparence mais également la façon dont sa créature pense. Il n’est pas amoureux d’elle, mais du chef-d’œuvre qu’il a créé », analyse l’acteur. Pour résister à un réalisateur «  difficile parce que très exigeant » et ne pas devenir à son tour une créature, Banderas a progressivement développé, comme le cobaye de La Piel que habito (formidable Elena Anaya), ses propres techniques de manipulation. « Dans le scenario d’Attache-moi ! [en 1989, ndlr], je devais enfiler une perruque blonde. Moi je trouvais ça laid, mais je ne pouvais pas le lui dire, il n’aurait rien écouté. J’ai donc enfilé une longue perruque noire, et je me suis pavané avec. Je n’ai pas tardé à entendre “Antonito, viens par ici”. Pedro m’a dit que la perruque m’allait bien et moi j’ai joué l’étonné. C’est comme ça que j’ai gagné la manche et gardé la perruque noire. » Mimant le cinéaste et ses mimiques, l’Espagnol finit par nous faire les yeux doux – façon Chat Potté – et annonce qu’il a prévenu Almodóvar, devenu trop sérieux en vieillissant. «  Je lui ai dit : “Pedro, tourne une comédie, et vite. On a besoin de rire, tu te souviens du rire ?’’ » Pourtant, le noir lui si va bien.

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