LIVRES BD // 09 Août 2012
BD : la sélection de la rédaction
_Par Stéphane Beaujean
Six albums sélectionnés par la rédaction de Trois couleurs pour buller jusqu'à la fin de l'été.
Powers – Tome 8 de Brian Michael Bendis et Michael Avon Oeming (Panini Comics)
Voilà probablement la meilleure série de Brian Michael Bendis, lui-même l’un des meilleurs scénaristes américains en exercice aujourd’hui. Destinée aux adultes, cette saga sur une Amérique ébranlée par le meurtre d’une superhéroïne adulée permet de développer une écriture complètement libre, d’une audace et d’une inventivité éclatantes. Peu à peu, les mystères qui entourent les personnages principaux, deux inspecteurs de police en charge des crimes liés au superpouvoirs, se dissipent et ouvrent des pistes à mêmes d’éclaircir le fonctionnement de leur civilisation (et, par écho, la nôtre).
Les Jumeaux de Jung-Hyoun Lee (Frémok)
Cette suite de nouvelles muettes et mystérieuses, obsédées par le motif du double et le sentiment de l’absence, est portée par une licence d’un ordre hypnotique. Jouant de la dimension charnelle des effets de matières, d’emboîtements de cases d’une fermeté à la fois élémentaire et mûrement réfléchie, ces courts poèmes graphiques d’une artiste coréenne (membre du génial groupe alternatif Sai Comics) plongent invariablement dans une mélancolie contemplative. Et par leur silence lancinant, à décrypter, elles invitent à prendre le temps de mesurer les relations qui unissent les personnages.
Kingdom Come d’Alex Ross et Mark Waid (Urban Comics)
Les comics d’Alex Ross s’inspirent du naturaliste américain Norman Rockwell. Superman, Wonder Woman et Batman y sont ainsi représentés tels des dieux mélancoliques et impuissants, égarés au cœur de grandes terres agricoles ou de mégalopoles en perdition. Porté par un souffle épique unique et de grands thèmes moraux, Kindgom Come est une œuvre désenchantée, habitée par l’absence de Dieu et la dévotion pour la figure du superhéros, substitut au divin. À noter que cette réédition exceptionnelle enterre toutes les précédentes par sa qualité d’impression et ses suppléments d’une richesse inouïe.
Tales from the Crypt – Tome 1, collectif (Akileos)
Ce grand classique de la bande dessinée d’horreur américaine, connu en France par le biais de son adaptation télévisée Les Contes de la crypte, a vu défiler dans ses pages la plupart des grands maîtres du dessin noir et blanc. D’une beauté hypnotique, mêlant effroi et naïveté, les nouvelles égrènent les angoisses de l’Amérique des fifties. Si la maison d’édition EC comics fit faillite sous la pression de la censure, ses séries cauchemardesques continuèrent d’influencer des générations d’artistes. On regrette l’absence de biographies et autres suppléments historiques pour compléter cette géniale réédition.
Les Incidents de la nuit – Intégrale 1 de David B. (L’Association)
L’écriture de David B. est toujours imprégnée de ses rêves et de ses cauchemars, comme chez Robert Louis Stevenson, avec qui il partage le goût de l’aventure et de l’exotisme. Cette intégrale luxueuse de ses premiers récits oniriques permet de redécouvrir une esthétique unique, contrastée à l’extrême, et un monde grand-guignolesque peuplé de créatures composites. Les emprunts aux mythologies orientales, à la littérature et à l’histoire viennent enrichir ces fables aux échos intimes. Bien qu’anciens, ces « incidents » marquent probablement, avec L’Ascension du Haut Mal, l’acmé de son œuvre.
Castilla Drive d’Anthony Pastor (L’An 2)
Anthony Pastor poursuit son exploration des atmosphères étatsuniennes. Chaque nouvel album est l’occasion de rejouer les partitions du roman noir, de flatter ses stéréotypes et ses codes, avec ce petit décalage de la culture française. Or, ce qui fait le génie de Pastor, c’est précisément la subtilité très maîtrisée de ce décalage. Dans cette histoire, une femme dont le mari, détective privé, a disparu depuis quelques années, se retrouve happée dans une enquête au côté d’un homme blessé, dont elle commence à s’enticher. Petit bijou de lecture, Castilla Drive est même un peu trop court.


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