AGENDA // 07 Septembre 2011
The Big Bang Theory
_Par Bruno Dubois
Après l’explosion en vol de Mon oncle Charlie et la perte de vitesse de How I Met Your Mother, The Big Bang Theory est la sitcom la plus populaire du moment. Comment une série qui a failli être annulée à deux reprises par sa chaîne, CBS, est-elle devenue le porte-étendard d’un genre longtemps donné pour mort ? Décryptage d’un succès inattendu.
Le Geek, c’est chic
Pour briller dans un dîner branché, mieux vaut vanter les qualités comiques de 30 Rock et de The Office ; ou mieux encore, de Louie, Curb Your Enthusiasm et Community. Mais Tina Fey, Steve Carell et Larry David peuvent remballer leurs Emmys : la comédie la plus regardée aujourd’hui aux États-Unis – avec Modern Family sur ABC – s’appelle à la surprise générale The Big Bang Theory. Une histoire de collision entre humains lancée en 2007 : d’un côté, quatre scientifiques nerds aux compétences sociales inversement proportionnelles à leur Q.I., de l’autre, la jolie voisine de palier, blonde et ingénue. Un pitch basique, tout droit sorti d’une mauvaise émission de téléréalité, The Beauty and the Geek, terreau idéal pour une situation comedy grand public.
Chaos originel
The Big Bang Theory a pourtant failli ne jamais être diffusé. À ses débuts, la série ne compte qu’un grand nom, son cocréateur Chuck Lorre, vétéran de la sitcom à l’américaine, notamment créateur de Dharma et Greg et Mon oncle Charlie. Un talent renforcé par un casting bien mené. Pour jouer leurs deux physiciens principaux, Lorre et son compère Bill Prady recrutent Johnny Galecki, révélé dans Roseanne, qui joue Leonard, le binoclard maigrichon, et Jim Parsons, un quasi inconnu venu de Broadway, qui sera Sheldon, le génie psychorigide et obsessionnel- compulsif. Mais le pilote se fait tout de même recaler par CBS… Chuck Lorre convainc malgré tout Galecki et Parsons de patienter un an, le temps de revoir le personnage féminin de la série, jugé trop manipulateur par le public test. La voisine s’adoucit alors peu à peu pour devenir la blonde Penny (Kaley Kuoco), qui comme toutes les apprenties actrices d’Hollywood est surtout serveuse. Leonard en tombe évidemment amoureux, Sheldon tente de lui inculquer des rudiments de physique quantique, et elle essaie de leur apprendre la vie. Wolowitz (Simon Helberg), une caricature de Juif névrosé qui habite encore chez sa mère, et Raj (Kunal Nayyar), un immigré indien incapable de parler en présence d’une femme, complètent la clique des geeks asociaux.
Univers en expansion
De Screech dans Sauvé par le gong (1989) aux lycéens de Freaks and Geeks (1999), la série aussi culte que brève de Judd Apatow, les nerds (génies et/ou scientifiques souvent peu intégrés à la société) et les geeks (passionnés jusqu’auboutistes, souvent de jeux vidéo et de comics) appartiennent à la mythologie teenage américaine des vingt dernières années. Mais Chuck Lorre se défend d’avoir « juste voulu mettre en avant des nerds. C’est d’abord l’histoire de personnages extraordinaires, venus de deux mondes différents, qui tentent de cohabiter », expliquait-il récemment à Trois Couleurs. Jim Parsons acquiesce : « Je n’ai jamais perçu Sheldon comme froid et dépourvu d’émotions. Il a les siennes, qui sont juste différentes. » Sheldon Bull, scénariste puis showrunner de Sabrina l’apprentie sorcière à la fin des années 1990, mais surtout auteur du livre à succès Elephant Bucks, véritable guide pour écrire une sitcom télévisée, considère pour sa part que « les thématiques de la série sont universelles et humaines. Les téléspectateurs s’identifient facilement à ces antihéros maladroits qui tentent de trouver l’amour et d’opérer une transition du monde de l’adolescence vers celui des adultes. On n’est pas si loin de Friends ». De fait, même si les références à Star Trek et les débats sans fin entre les héros pour savoir qui est le plus puissant des super-héros (voir ci-dessous) donnent un ton pop plutôt frais à The Big Bang Theory, la vraie force de la série tient avant tout dans ses personnages et dans son casting. C’est Jim Parsons (trois nominations aux Emmy Awards pour une victoire) qui récupère la majorité des bonnes répliques – surtout dans ses face-à-face avec Penny –, mais Wolowitz le sous-diplômé et Raj l’expatrié ne sont pas en reste.
Vers l’infini et au-delà
Après avoir frôlé l’annulation suite à la grève des scénaristes de 2007, The Big Bang Theory a gagné une nouvelle case horaire pour sa troisième saison en 2009, se retrouvant alors diffusé après Mon oncle Charlie (Two and a Half Men en version originale). De quoi faire exploser son audience aux États-Unis, qui atteint dès lors près de 15 millions de téléspectateurs hebdomadaires. Les nerds finissent même par battre Charlie Sheen chez les 18-49 ans, tant convoités par les annonceurs. Dans la foulée, la série devient la comédie la plus rentable en syndication (la rediffusion sur d’autres chaînes), à plus de deux millions de dollars par épisode – soit deux fois plus que Seinfeld en son temps. Du coup, comme Friends à son époque, les acteurs réclament leur part du gâteau : les salaires de chacune des trois stars principales sont passés de 60 000 à 250 000 dollars par épisode en 2011.
Neurosciences
Combien de temps la série peut-elle encore durer à ce rythme sans perdre son efficacité comique ? Mary Dalton, professeur de communication et coauteur de The Sitcom Reader, est optimiste. « L’arrivée de deux nouveaux personnages, avec Bernadette et Amy Farrah Fowler, une version féminine de Sheldon, lui a donné un nouveau souffle », estime-t-elle. Au dernier Comic-Con de San Diego, Mayim Bialik, qui interprète Amy, expliquait qu’elle est la seule membre du casting à comprendre les dialogues… Et pour cause : elle est titulaire d’un doctorat en neurosciences. La relève du show semble donc assurée pour un moment. Mais après ? The Big Bang Theory peut-elle atteindre le club fermé des grandes sitcoms qui durent, y rejoignant Friends ou Seinfeld ? C’est que, régulièrement, des experts annoncent la mort du genre, qui serait has been avec ses trois décors et ses rires enregistrés. « C’est cyclique, riposte Mary Dalton. On entendait le même refrain au début des années 1980. Et puis le Cosby Show est arrivé. Pareil dix ans plus tard avant Seinfeld etFriends. » Les audiences sont certes loin de l’âge d’or des années 1990, mais toutes les séries sont en recul face à l’explosion des sources de divertissement (chaînes du câble, jeu vidéo, Internet…). Face à ces doutes, The Big Bang Theory, avec son fonctionnement ultra classique, agit comme un refuge, autant pour le public que pour les chaînes qui diffusent la série. Warner Bros et CBS ont d’ailleurs déjà annoncé son renouvellement pour trois saisons. Bazinga !
The Big Bang Theory, CBS (États-Unis), TPS Star et MTV (France)
Diffusion : saison 5 à partir du 22 septembre aux États-Unis
Édition DVD : saisons 1 à 3 disponibles en VF/ VOST (Warner Home Vidéo)
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pleins de bonnes raisons pour regarder cette série dont le succès nous prouve que notre univers geek s'est bien démocratisé. Si vous la connaissez déjà vous pouvez vous remémorer les meilleurs épisodes dans notre top 10 http://oblikon.net/top-2/les-10-meilleurs-episodes-de-the-big-bang-theory/










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