ART VIVANT // 30 Août 2011
Chris Marker à Arles
_Par Leslie Meyzer
Les Rencontres photographiques d’Arles tirent à leur fin. Une ultime occasion de parcourir la rétrospective consacrée à Chris Marker et ses multiples visages.
Jusqu'au 18 septembre, Chris Marker pose ses marques au Palais de l'Archevêché à Arles, qui présente plus de 300 œuvres réalisées entre 1957 et 2010. Un beau collage multi-médiatique, qui trace d’un trait expérimental et mélancolique les mythologies personnelles de ce fascinant explorateur des vertiges du temps.
L’image qui tremble
À 90 ans, le cinéaste français montre qu’il ne s’est jamais laissé dépasser par la technologie. Pour preuve, L’Ouvroir (2008), qui inaugure l’exposition par une proposition « oulipienne » sur le réseau virtuel Second Life. Un cinéma, un musée, des visages en gros plan, et bien sûr, le chat alter ego Guillaume-en-Egypte : tous les thèmes chers à l’artiste sont au rendez-vous de cet archipel-laboratoire à l’esthétique déjà démodée, figures qui hantent cette mémoire des images que Marker construit discrètement mais inlassablement depuis plus de 50 ans.
De mémoire il est donc (toujours) question chez Marker et la rétrospective en dit long sur l’histoire des images: se côtoient des photogravures abstraites inspirées de Dürer, un poème hommage à T.S Eliott, des affiches de films détournées, des portraits en noir et blanc, des chefs d'oeuvre du muet projetés sur cinq moniteurs empilés …
En bricoleur aux multiples identités (écrivain, photographe, cinéaste, documentariste), Marker s’essaye à toutes les techniques. On ne s’offusquera pas qu'elle soit parfois imparfaite, dans certains clichés à la définition aléatoire, aux contours flous, aux couleurs criardes : le temps chez Marker n’est-il pas cette image qui tremble, continuellement prise entre l’instant présent et sa réécriture ?
Dans une salle de projection, La Jetée est intacte, gravant dans notre mémoire, au bout du quai d'Orly, le visage fragile de la femme aimée par un petit garçon devenu grand.
PASSAGERS, 2008-2010
L’objet du désir : un visage de femme
« Chose la plus précieuse au monde », le visage féminin est la condition de toute l’œuvre de Marker. Ce sont encore des centaines de visages, messages muets abandonnés à la rêverie, qui composent les deux séries Quelle heure est-elle ? (2004-2008) et Passengers (2008-2010). « Paparazzo bien intentionné », Marker prend pour décor trivial le métro parisien, devenu musée éphémère pour ces icônes du quotidien : des passantes saisies à la dérobée par un appareil photo dissimulé dans une montre ou une paire de lunettes. Parfois rapprochés de chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art, les visages amoureusement collectionnés nous renseignent sur une fondamentale solitude humaine.
Dans la dernière salle, où la grâce de Catherine Belkhodja obsède l’installation Silent movie (1995), des expressions froissées, tordues, grimaçantes, plus que jamais médiums du temps, forment une œuvre toute en plis, Crush Art (2003-2008).
Image d’une métamorphose et d’un effacement du visage, cette œuvre phare devient le signe mélancolique d’un temps dont, comme le dit le narrateur de La Jetée, « on ne s’échappe pas ».
http://www.rencontres-arles.com










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