AGENDA // 09 Juillet 2012
Expo : Le corps utopique
_Par Léa Chauvel-Levy
Invité par le musée d’Art Moderne, Kader Attia expose ses collages et diaporamas où germe son idée du corps. Cet artiste tout jeune mais déjà vieux comme le monde propose un art savant dont l’accès reste aisé, pour un résultat simplement brillant.
Body building
« L’esprit habite son corps, comme un lieu qu’il peut investir. » Ce sont ses premiers mots lors de notre rencontre. Et pour ne pas passer pour un maître zen qui se gargariserait de truismes, Kader Attia poursuit calmement, presque amusé : « J’insiste, car les gens continuent de penser que le corps et l’esprit sont complètement liés ! Je pense au contraire qu’il y a un espace-temps entre les deux. »
Ligne conductrice de cette exposition, cette vision dualiste du corps convoque deux sources. La première est celle du philosophe Michel Foucault, dont la célèbre conférence « Le corps utopique » inspira très nettement l’oeuvre d’Attia La Piste d’atterrissage, diaporama intime et délicat acquis par le musée d’Art moderne il y a six ans et ici pivot de cette monographie. Sur les murs de la Salle noire, espace dédié aux projections au sous-sol du musée, défile dans une pleine pénombre l’histoire de transsexuels algériens exilés à Paris. Tous ont voulu rectifier la nature, modifier l’enveloppe charnelle selon leur désir. Tous ont construit et reconstruit leur premier lieu de vie. Le corps comme architecture, c’est ainsi que l’artiste au terme de ses recherches le voit, l’interprète. Un peu à la façon du Modulor, notion architecturale imaginée par Le Corbusier au milieu des années 1940 et seconde influence revendiquée par Kader Attia : « Pour Le Corbusier, l’habitat idéal devait s’inspirer de la morphologie humaine. Mes collages montrent comment cette théorie utopique du logement social a été malheureusement un peu pervertie par les promoteurs immobiliers, puisqu’on sait qu’elle a débouché sur des prisons à ciel ouvert. » L’amertume de cette fin de phrase affleure aussi sur ses dix collages, dont la teneur renvoie, de loin en loin, plus encore qu’au corps, au politique. Mais après tout, ne dit-on pas « corps politique » ?
« Construire, déconstruire, reconstruire : le corps utopique »
Jusqu’au 19 août au musée d’Art moderne
www.mam.paris.fr


Post new Commentaire