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CINEMA // 02 Février 2012

Félins

_Par Anne de Malleray (au Kenya)

(c) Disney Enterprises, Inc. All Rights Reserved

Après The African Lion, en 1955, et Le Roi Lion, en 1994, Disney ravive son côté fauve avec Félins, documentaire animalier réalisé dans la savane du Masai Mara, au Kenya. Nous avons suivi les traces encore fraîches du tournage de ce film à grand spectacle, aux allures de drame shakespearien.

Une voix résonne dans le talkie et nous fonçons vers un buisson sous lequel deux guépards, une mère et son jeune adolescent, se repaissent de leur chasse. Rapidement, les voitures dessinent un cercle, à quelques mètres des animaux rendus indifférents à ce barouf par trente ans de tourisme. Tout à leur festin, ils ne voient pas une lionne, qui, dans leur dos, s’avance dangereusement. Cette fois, ils en réchapperont. Souples et musculeux, les guépards peuvent atteindre plus de 100 kilomètres/heure. De cette vie sauvage, les documentaires animaliers offrent un concentré spectaculaire et télégénique, mais il faut des mois de planque pour la filmer. On ne le réalise qu’après avoir, pendant une heure, scruté la savane sans rien voir, ou seulement des « Animal Like Things », nom donné par les guides masaïs aux leurres, troncs d’arbres et rochers à l’allure féline, qui, de loin, trompent le touriste. Sur deux ans de tournage, une vingtaine de jours seulement furent assez riches en rebondissements pour nourrir l’intrigue de Félins, entièrement réalisé dans cette réserve du sud-ouest kenyan. Le Masai Mara, 1 500 km2 de savane giboyeuse traversée par trois cours d’eau pleins d’hippos et de crocos, offre pourtant l’un des meilleurs champs d’exploration d’Afrique. Les trois grands fauves – lions, guépards et léopards – y cohabitent encore.

 

Saga Africa

 

Félins retrace les péripéties d ’un clan de lionnes, lâchées par le mâle dominant, Fang, papi majestueux à la canine brisée. Le vieux roi prend la tangente devant Kali et ses quatre fils, clan invincible qui soumet la moitié du Mara. Pendant ce temps, Sita, mère courage, tente d’élever seule ses cinq petits guépards dans un univers impitoyable où 5 % d’entre eux parviennent à l’âge adulte. « Je savais, en venant ici, qu’on pouvait garantir une histoire, même si je ne savais pas laquelle. La vie de ces animaux est shakespearienne. Il y a des lois, des duels, des batailles entre clans pour un territoire… Le point central pour réussir le film était d’avoir le bon équilibre entre les personnages, le bon casting », retrace le réalisateur Keith Scholey, issu de la grande lignée des documentaristes animaliers de la BBC, dont il fut directeur des programmes documentaires. Grand familier des lieux, il créa, en 1996, la série à succès Big Cats Diaries, sur le quotidien des félins de la réserve. Si Disney se fie à la nature pour « inventer les plus belles histoires » (confère la devise de son label Disney Nature), il faut, autant que possible, en extraire des blockbusters 100 % organiques. Pour y parvenir, l’équipe fit appel au script doctor John Truby, dont la méthode pour devenir le meilleur auteur de scénario en vingt-deux étapes s’arrache à Hollywood. « Il fallait dégager des personnages forts sans ajouter d’éléments fictionnels. Or cela fonctionne. Kali est le méchant, Fang, le faux allié, les lionnes et la mère guépard, les héroïnes… Le parallèle avec la société humaine est intéressant. C’est un film féministe. Je me demande comment il sera perçu dans le Midwest américain », s’amuse le réalisateur britannique.

 

Ambiance de la brousse

 

Sur les plaines kenyanes, deux guépards ont repéré un bébé gazelle qui n’aura aucune chance de leuréchapper. Au lieu de les suivre, le guide positionne la jeep en aval, essayant d’anticiper la trajectoire des animaux pour que nous puissions embrasser du regard leur chasse, qui peut s’étendre sur près d’un kilomètre. Sous un soleil de plomb, les guépards renoncent finalement à cette course épuisante. Le rythme de la savane oscille ainsi entre indolence et accélérations soudaines, léchouilles et coups de crocs, siestes à l’ombre et parties de chasse. Pour capter ces sprints et ces ralentis difficilement prévisibles, l’équipe du film, composée de fins connaisseurs du comportement des félins, a dû anticiper positions et cadrages tout en s’essayant à une nouvelle génération d’engins rarement étrennés sur un tournage animalier. Conçue au départ pour des images scientifiques, la caméra Phantom a permis de filmer les scènes de chasse en captant 450 images par seconde (au lieu de 24). « À ce rythme, on perçoit chaque mouvement, chaque muscle, chaque tendon et on réalise à quel point le guépard est conçu pour la course », raconte Alastair Fothergill, coréalisateur.

 

Attention les secousses

 

Dans le parc, les voitures roulent à côté des fauves, mais il est formellement interdit de mettre pied à terre. On pourrait, dans l’ordre des probabilités, être chargé par un buffle, animal un peu dingo selon nos guides, voire par un éléphant, un hippo, un rhino ou croqué par des félins, s’ils ont peur ou très faim. Le film est donc tourné à l’abri de voitures et d’hélicoptères, grâce à de très longues focales, qui permettent de réaliser des gros plans décapants : « Au départ, nous voulions les éviter, pensant qu’ils agresseraient le spectateur, mais voir le visage d’un fauve remplir l’écran provoque une émotion incroyable. Vous avez l’impression d’être assis à côté de lui », s’émeut Owen Newman, autre figure de la BBC passée derrière la caméra pour Félins. Tout le film est légèrement ralenti, entre 30 images/seconde et environ 400 images/secondes pour les scènes de chasse. « Cet effet crée un léger agrandissement de l’image et ralentit la course des animaux, la rendant perceptible à l’oeil. En combinant cela à des plans très courts, on obtient un effet dramatique saisissant », souligne Keith Scholey. En 1955, à la sortie de The African Lion, le critique Bosley Crowther s’émerveillait déjà de la proximité avec laquelle on découvrait les fauves sur grand écran : « Rendons grâce au téléobjectif », s’exclamait-il, suggérant aux spectateurs de se munir de casques coloniaux pour parer aux assauts plus vrais que nature. Autre temps, autres moeurs. Restez zen, même puisées dans la nature, les histoires, chez Disney, finissent bien.

 

Félins de Keith Scholey

et Alastair Fothergill

Documentaire

Distribution : Disney Nature

Durée : 1h27

Sortie : 1er février

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