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MUSIQUE // 18 Juillet 2012

Festival de musique sacrée

_Par Astrid Krivian (texte et photos)

Joan Baez a enchanté le festival de Fès des musiques sacrées du monde. Reportage.

Le Festival des musiques sacrées du monde s’est tenu du 8 au 16 juin pour sa 18ème édition. C’est au Maroc, terre d’Afrique et d’Orient, que s’est déroulée cette manifestation, à Fès, capitale spirituelle du royaume. Thème de cette édition : réenchanter le monde. Des artistes du monde entier nous ont donné un souffle de leurs terres lointaines, une invitation à casser la barrière du sang, de l’ethnie, de la religion, pour vivre une expérience mystique commune.

Dix jours de festival dans les plus beaux endroits et palais de Fès. À Bab al Makina, à deux pas du Palais Royal, s’élève la grande scène pour les concerts du soir. Les parfums des Marocaines dressées sur leurs haut-talons se nouent dans les airs. Des cigognes nichées sur les remparts écoutent religieusement. Des étoiles pétillent. La voix du public s’élève pour reprendre en chœur les chansons de Wadie El Safi, « la voix du Liban », qui du haut de ses 91 ans a conduit avec allégresse son concert.

Mise en scène par Tony Gatlif, la cérémonie d’ouverture libère d’entrée de puissantes vibrations mystiques dans la nuit de Fès. En hommage à la poésie du persan Omar Khayyâm, des artistes d’Iran, d’Ouzbékistan, d’Egypte, d’Inde, du Maroc… se succèdent, élancent leurs chants sacrés au visage des étoiles. Envoûtés, saisis par la fulgurance du spectacle, notre souffle se soulève, notre sang frémit. Un mystère venu du lointain nous traverse en musique.

L’après-midi, c’est au cœur des jardins andalous du palais Batha que l’on se rassemble dans une ambiance plus intimiste. Le public, ici plutôt occidental, ferme les yeux, en quête d’un recueillement, d’un voyage intérieur. Sous la bienveillance d’un vieux chêne penché au-dessus de la scène, telle la bénédiction d’un ancêtre, on est éblouis par la virtuosité des danseurs indiens de Kathak. Au rythme de la percussion indienne, le tabla, et de la flûte, leurs corps et visages portés de grâce nous racontent toute une gamme de sentiments tandis que leur époustouflante prouesse technique semble écrire de la lumière dans nos yeux.

On est conquis par l’énergie contagieuse du duo formé par le chanteur guinéen Kouyaté et le pianiste français Rykiel. Leur amitié donne naissance à l’alliance parfaite d’une voix d’Afrique, généreuse, puissante à faire vibrer le sol, et des accords délicats, aériens du pianiste.

Le festival c’est aussi la ville de Fès en effervescence, un rythme de rue encore plus dense qu’à l’habitué. Tous les soirs à partir de 22h00, familles et adolescents se retrouvent sur la grande place de la ville, Bab Boujloud, pour écouter Idir, le célèbre chanteur kabyle, Chérifa, la poétesse du Moyen-Atlas, des artistes ouzbeks, tunisiens… Plus tard dans la soirée, c’est une jeunesse un peu bohème qui se presse pour écouter des concerts de musique soufie entre les palmiers du palais Tazi.

Pendant les Nuits de la Médina, on dévale les ruelles pour se rendre d’un palais à l’autre. On ôte ses chaussures, on s’installe sur un grand tapis et on écoute par exemple le duo iranien des sœurs Vadaht : deux voix, une percussion, le daf, et un flûtiste ney. On retient son souffle pour ne pas perdre une note de cette musique qui suspend des murmures de poésie mystique dans les airs.

On regrettera la performance de Björk qui aurait mérité une création avec des musiciens d’Orient ou d’Afrique... Ses bombardements électro, lourds, grésillant contre les remparts, tranchaient cruellement avec le raffinement et l’élégance des autres concerts du festival. On saluera la prestation de Joan Baez, dont le cœur et l’engagement s’entendent à chaque chanson. Accompagnée de sa fidèle guitare et de quelques guests, elle a clôturé en beauté le festival et invité le public à la rejoindre sur scène en toute amitié, malgré les grincements des agents de sécurité.  

 

Le festival se termine. On ferme les yeux. Des éclats de musique se confondent dans un heureux bazar intérieur. Un délicieux goût d’étrangeté, de dépaysement. On savoure ce moment où les souvenirs se tissent. On se sent gagné par la poésie d’Omar Khayyâm : " Sois heureux un instant. Cet instant c’est ta vie."

Retrouver le festival de Fès sur son site officiel: http://www.fesfestival.com/2012/

(5)
Krivian Michèle Le lundi 23 juillet à 19h23

Quel enchantement!!!!!sublime reportage parfaitement orchestré.Toutes mes félicitations.

Mariette Le mercredi 18 juillet à 20h18
j'en ai les larmes aux yeux après avoir lu ce magnifique texte. Quant aux photos, elles vont de pair avec le texte!
decopin Le mercredi 18 juillet à 19h51
Bravo Astrid, Durant la lecture j’ai été transportée sous ce chêne séculaire et j’ai savouré chaque image merveilleusement décrite. Qui sait ? mon prochain voyage sera peut-être là-bas où je me remémorerai les charmants détails évoqués dans ce magnifique texte
Hugues Le mercredi 18 juillet à 17h19
Tu n'as pas que le talent des photos, Astrid, tu as également celui de l'écrit. Pendant quelques temps j'étais à Fes.
clément Le mercredi 18 juillet à 17h05
Joan Baez et les labyrintes de Fez, ca à l'air beau, ca sonne les déserts oranges, un peu mystiques. 3 couleurs est sur place !
Quel enchantement!!!!!sublime reportage parfaitement orchestré.Toutes mes félicitations.
j'en ai les larmes aux yeux après avoir lu ce magnifique texte. Quant aux photos, elles vont de pair avec le texte!
Bravo Astrid, Durant la lecture j’ai été transportée sous ce chêne séculaire et j’ai savouré chaque image merveilleusement décrite. Qui sait ? mon prochain voyage sera peut-être là-bas où je me remémorerai les charmants détails évoqués dans ce magnifique texte
Tu n'as pas que le talent des photos, Astrid, tu as également celui de l'écrit. Pendant quelques temps j'étais à Fes.
Joan Baez et les labyrintes de Fez, ca à l'air beau, ca sonne les déserts oranges, un peu mystiques. 3 couleurs est sur place !

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