CINEMA // 01 Février 2012
Hanezu, l'esprit des montagnes
_Par Pamela Pianezza
Enceinte, Takumi doit choisir entre deux hommes sous le regard bienveillant des montagnes et des fantômes voisins… Naomi Kawase signe un beau film contemplatif qui tient de l’expérience spirituelle.
Une femme et des dieux
Takumi est l’épouse délaissée de Tetsuya, un publicitaire distant, et la maîtresse passionnée de Kayoko, un artiste aux doigts de fée. Devoir d’un côté, amour de l’autre. La situation lui convient jusqu’à ce qu’elle se découvre enceinte et que sonne l’heure des choix. Rien de nouveau sous le soleil de Nara, région natale et adorée de Naomi Kawase, si ce n’est que la réalisatrice japonaise voit dans ce triangle amoureux la répétition d’un tout autre drame se jouant depuis des millénaires : la rivalité entre les trois montagnes alentour, censées abriter des dieux. À mille lieux d’une société de consommation qui la répugne, Kawase filme sans échelle de valeurs, la faune, la flore et l’humain cohabitant harmonieusement sous le regard des ancêtres, dont les fantômes continuent d’errer ici et là. Peu de mots sont prononcés – le jeu des acteurs est étonnamment pudique – mais chaque geste a des allures d’éternité : des fruits frais partagés entre amants, un vélo qui file vers la promesse de plaisirs charnels, un oiseau chantant… Hanezu ressemble à une variante filmée du haïku : il ne se passe rien, ou presque, mais tout est fragile et puissant, bouleversant de beauté et de pureté. Naomi Kawase dit vouloir « capter l’invisible ». Et l’expression décrit à la perfection son singulier rapport au cinéma.
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