CINEMA // 08 Février 2012
JC comme Jésus-Christ
_Par Par Étienne Rouillon (avec Louis Séguin)
Avant J.C.
L’année de l’apocalypse s’ouvre avec un prophète : Jean-Christophe Kern, réalisateur prodigieux qui multiplie les plans oscarisés et césarisés avant même d’avoir pu se coiffer des lauriers du baccalauréat. JC comme Jésus Christ est un documentaire schizophrène sur sa double vie, entre l’aridité du cahier de texte lycéen et les lignes bourgeonnantes des scripts de films. C’est aussi un gros mytho. Tout est faux dans JC, sauf ce qui est vrai. De fait, le film s’inscrit dans la tradition d’un sous-genre ambigu, brouillant les pistes entre fiction et réalité, le « documenteur » (ou mockumentary). Passage en revue de ces précédents avec le (vrai) réalisateur de JC, Jonathan Zaccaï.
C‘est Agnès Varda qui a imaginé le terme de « documenteur » en 1981, devenu le titre de l’un de ses longs métrages. Il emprunte une forme encore très apocryphe : un mélange de fiction et de gimmicks formels issus du documentaire pour donner l’illusion d’une légitimité et d’une véracité complètement bricolée. Ce documenteur et son portrait de femme, perdue dans un exil géographique et intérieur, montre que cette confusion des genres, journalistique et cinématographique, investit le spectateur avec force. « On a presque de l’empathie lorsque JC est confronté à des drames qui n’en sont pas vraiment », dit le comédien belge Jonathan Zaccaï, qui a inventé pour sa première réalisation cet insupportable marmot, cerveau brillant et tête en forme d’aspirateur à baffes. « JC est un mélange d’Orson Welles et de mon fils de 4 ans. Le film peut être vu comme à la fois potache et un peu dérangeant. » Associer blague de dortoir et sentiment d’étrangeté, c’est bien Welles qui s’y est collé le premier, un 30 octobre 1938, avec une fausse émission radiophonique consacrée à l’invasion en direct de la Terre par les extraterrestres (lire pages suivantes).
Depuis, si les formes du documenteur se sont étoffées, son leitmotiv est resté le même : mimer le format journalistique pour susciter une adhésion dérangeante chez le spectateur (à ne pas confondre donc avec le docu-fiction qui, lui, se sert des codes de représentation du cinéma pour illustrer une démarche journalistique). Jusqu’à l’absurde. Ainsi, l’expert des arcanes du pouvoir, le documentariste William Karel, nous confiait l’année dernière avoir été surpris par la force du dispositif documenteur lors de la diffusion de son Opération Lune sur Arte en 2004. On y apprend que l’on n’a jamais débarqué sur la Lune. Et personne n’a été trompé, le documentaire étant explicitement présenté comme un bidonnage. « Reste que pour certaines personnes, les légendes présentées dans le documentaire sont devenues des convictions », affirme Karel. Du fait de sa nature équivoque, le documenteur place les acteurs dans une position de témoins, muant l’interprétation en confession. « Par exemple, Elsa Zylberstein joue au premier degré l’actrice princesse, la star…, souligne Zaccaï. Et comme les situations sont grotesques mais que les comédiens sont sérieux dans leur jeu, ça peut créer un certain malaise. C’est risqué, mais ça me plaît. Je n’ai pas pensé à C’est arrivé près de chez vous en écrivant JC, mais ce film m’a vraiment marqué ; il n’est pas confortable, et deux spectateurs qui le voient en même temps ne réagiront pas du tout de la même façon. Si mon film s’en rapprochait un peu, ce serait par cette ambigüité. »
L’étalon belge du documenteur à l’européenne continue de faire les émules avec le prochain En pays cannibale de Alexandre Villeret et Aymeric de Heurtaumont, où l’on suit une équipe de cinéastes qui elle-même file un trafiquant de drogue dans son quotidien complètement braque. Justifier la présence de la caméra en la plaçant dans un contexte crédible, c’est le fond du documenteur : étudiants en cinoche pour Le Projet Blair Witch, équipe de téléréalité pour la série The Office, soldats désoeuvrés dans Redacted, journalistes télé dressant un portrait du petit surdoué dans JC. « Ça m’amusait de donner des médailles – Palme d’or, César… – à un personnage de fiction, en me disant qu’il pourrait devenir dérangeant ou attirant, simplement parce que ces médailles existent pour de vrai », sourit Zaccaï. Heureusement, ce n’est que du cinéma.
JC comme Jésus Christ de Jonathan Zaccaï
Avec : Vincent Lacoste, Elsa Zylberstein…
Distribution : MK2 Diffusion
Durée : 1h15
Sortie : 8 février










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