CINEMA // 18 Juillet 2012
La vie sans principe
_Par Louis Séguin
Avec La Vie sans principe, le maître hong-kongais Johnnie To aborde sans complexe les fondements (im)moraux de la crise boursière par laquelle l’île fut frappée de plein fouet. De la banque à la rue, une seule loi : celle du plus fort.
La crise, mode d’emploi
Des scellés policiers dans le couloir d’un immeuble miteux, un inspecteur qui sonde les lieux… La Vie sans principe s’ouvre en polar bien dans ses bottes. Faux départ – il ne s’agit que d’une querelle de voisinage. Le film glisse vite vers son terrain principal, la banque. Décor peu glamour, dont Johnnie To détaille les rouages : une banquière, poussée par la concurrence entre employés, joue les économies d’une retraitée… Le cinéaste aborde la crise financière par un biais moral assumé et lie le cynisme des banques au code d’honneur des gangsters. Trait de génie : cet honneur supposé n’est pas au cœur du récit, mais en périphérie, comme un épiphénomène du dérèglement du système. Et les histoires de gangs, ici, n’ont plus qu’un rôle bouffon, tant les vrais tireurs de ficelles semblent insaisissables, derrière les écrans reproduisant la chute des cours boursiers. En pleine perte des valeurs, le gangster Panther (Lau Ching-Wan) catalyse ce qu’il reste à sauver : une fraternité aveugle et casse-cou. Rongé par les misères de ses amis, Panther n’aime l’argent que s’il rend service à ses « frères ». L’humour de Johnnie To est ici un aveu de faiblesse, mais apparaît comme l’investissement le plus sûr d’une société déclassée : une valeur refuge.
La Vie sans principe de Johnnie To
Avec Lau Ching-wan, Richie Ren, Denise Ho...
Distribution : Les Films sans Frontières
Durée : 1h46
Sortie : 18 juillet


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