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AGENDA // 03 Janvier 2012

Michael Shannon: psycho type

_Par Clémentine Gallot

(DR)

Flic dans la série Boardwalk Empire, figure paternelle orageuse dans le drame feutré de Jeff Nichols, Take Shelter, Michael Shannon s’est imposé en 2011 comme l’un des acteurs américains les plus impressionnants de sa génération. Rencontre à côté de la plaque.

Drame familial atmosphérique sur le refoulement et l’endettement, Take Shelter offre à Michael Shannon son plus beau rôle à ce jour : celui d’un réfugié dans sa propre maison, écrasé par les cieux. Shannon y déploie son imposant magnétisme en family man qui perd la tête et organise sa propre disparition. La fructueuse collaboration entre l’acteur et le réalisateur se poursuit donc, cinq ans après Shotgun Stories, pour lequel Jeff Nichols avait écrit le rôle-titre en pensant à Shannon avant même de l’avoir rencontré. « Il avait juste assez d’argent pour acheter la pellicule, je lui ai dit que je le ferais gratuitement, se souvient l’acteur. Il est tellement ambitieux qu’il a tourné en 35 mm quand d’autres auraient filmé en simple DV. » Michael Shannon s’est donc retrouvé à la tête d’une fratrie meurtrière de l’Arkansas dans ce premier film qui leur valut à tous deux un succès d’estime. Intronisé depuis acteur fétiche de Jeff Nichols, il est reconduit dans Take Shelter et bientôt dans Mud, leur prochaine collaboration.

Impressionnant comédien de théâtre, originaire du Kentucky, Michael Shannon écume le circuit depuis une belle douzaine d’années, pendant lesquelles il a longtemps été abonné aux seconds rôles, remarquables (7h58 ce matin-là de Sidney Lumet, Bad Lieutenant de Werner Herzog) ou plus dispensables (Pearl Harbor, The Runaways). Avec quelques faux pas au passage (Kangourou Jack)… « Je ne refuse pas souvent des projets, sauf s’ils sont vraiment nuls », explique le géant ombrageux. Shannon dégage une étrangeté palpable doublée d’un regard fuyant. Son expression migraineuse, qui laisse entrevoir un caractère tourmenté, lui a valu d’incarner à l’écran les différents visages d’une psyché masculine malade : voisin détraqué dans Les Noces rebelles de Sam Mendes, paranoïaque luttant contre un « complot » dans Bug de William Friedkin. « C’est peut-être inhérent chez moi. D’ailleurs, je ne serais pas acteur si je n’avais pas besoin d’exprimer une forme d’angoisse. » Et donc de s’enfermer dans des rôles de bad guy ? À 37 ans, il a enfin été repéré par Hollywood, qui tire depuis profit de sa présence dérangeante. Ainsi, il enfilera la cape du maléfique général Zod dans le blockbuster Man of Steel, le Superman de Zack Snyder. « Je m’attire des ennuis quand j’en parle, prévient-il, avant d’ajouter : Zack maintient un climat très détendu, on s’amuse malgré le budget. C’est génial pour moi, c’est un film énorme. » Après Return de Liza Johnson, où il incarne un vétéran qui délaisse sa femme à son retour d’Irak, il devrait tourner Iceman, biopic du serial killer américain Richard Kuklinski, puis la troisième saison de la série Boardwalk Empire de Martin Scorsese. En mars, on le verra à nouveau en uniforme, à la poursuite d’un coursier à vélo (Joseph Gordon-Levitt) dans Premium Rush. Une comédie, maybe ?  

Take Shelter de Jeff Nichols, sortie le 4 janvier.

Shotgun Stories de Jef f Nichols, disponible en DVD le 7 décembre (Potemkine)

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