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CANNES 2012 // 16 Mai 2012

Moonrise Kingdom

_Par Juliette Reitzer

Débrouille, entraide et découverte de soi : Wes Anderson décline les valeurs du scoutisme sur une gamme sixties et colorée dans Moonrise Kingdom, présenté en ouverture de la compétition cannoise.

 

Enfant roi

_Par Juliette Reitzer

Comme un gosse qui garde au fond de sa poche un tas de trésors, bouts de ficelles et éclats de cailloux, Wes Anderson, 43 ans, a l’âme d’un collectionneur. Badges et fanions, Opinel et morceaux de bois, cabanes et feux de camp : le royaume enfantin qu’il érige dans Moonrise Kingdom en est la preuve. Sur une petite île au large de la Nouvelle-Angleterre, dans le Nord-Est des États-Unis, Sam, un scout orphelin et binoclard, s’éprend de Suzy, une gamine solitaire et tourmentée. Tous deux décident de se faire la malle, en amoureux. Nous sommes dans les années 1960, ils ont douze ans, des chaussettes hautes sur leurs guibolles maigrelettes et les genoux écorchés ; comme sortis d’une toile de Norman Rockwell. Leur fugue met en émoi la communauté scoute (emmenée par Edward Norton), les parents de Suzy (Bill Murray et Frances McDormand) et le shérif local (Bruce Willis) en même temps qu’elle annonce la fin du malaise existentiel qui colle aux basques de nos deux marmots. Et Anderson de signer un beau conte initiatique et romantique, filmé à hauteur de ses héros. Car ici, l’enfant est roi, jusqu’à pouvoir imprimer ses humeurs sur la météo. D’abord très solaire, avec ses couleurs acidulées, le film est balayé par une tempête dévastatrice quand les petits fugitifs sont ramenés au bercail – Sam est même littéralement frappé d’un coup de foudre, dont il se relève sans dommages, à la manière d’un personnage de Tex Avery. D’ailleurs, Moonrise Kingdom obéit tout entier aux diktats fantaisistes de l’enfance, avec ses objets du quotidien détournés en engins magiques, ses intérieurs soignés comme des maisons de poupées et ses adultes grotesques et empotés. La mise en scène de Wes Anderson, implacable et solennelle (travellings au cordeau, précision du cadre), sert d’écrin idéal au règne de ces héros à l’âge tendre.

 

3 influences de Moonrise Kingdom

1… La B.O. du film, où se côtoient le crooner country Hank Williams et Françoise Hardy, pourrait succéder à celle de Drive dans le coeur des festivaliers cannois.

2… On pense aux Quatre cents coups. « Mes réalisateurs français morts favoris : Jean Renoir, François Truffaut, Louis Malle, Jean-Pierre Melville », nous a confié Wes Anderson… 

3… avant de poursuivre: « Mes réalisateurs français vivants favoris : Arnaud Desplechin, Olivier Assayas, Jacques Audiard, Benoît Jacquot. » French connection.

 

La technique à l’ancienne de Moonrise Kingdom

_Par Julien Dupuy

À l’heure où une majorité de films se tourne en numérique – une évolution reflétée dans Side by Side, documentaire produit par Keanu Reeves et présenté à Berlin –, le réalisateur Wes Anderson est revenu à des techniques pré-digitales pour Moonrise Kingdom. Le film a en effet été tourné en Super 16 mm : lancé dans les années 1920 comme le parent pauvre de la pellicule 35 mm, le 16 mm fut longtemps utilisé pour les films amateurs, les documentaires ou les productions télé. À l’inverse du 16 mm classique, le Super 16 mm supprime un côté des perforations de la pellicule pour obtenir un négatif plus grand et un format plus large. Son rendu granuleux convient parfaitement au style suranné de Moonrise Kingdom

De Wes Anderson

Avec : Jared Gilman, Kara Hayward…

Distribution : StudioCanal

Durée : 1h34

Sortie : 16 mai

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