CINEMA // 20 Juillet 2012
Poussières dans le vent
_Par Donald James
Dernier volet de la trilogie de l’adolescence de Hou Hsiao-Hsien, Poussière dans le vent (1986) est, après Un temps pour vivre, un temps pour mourir (1985), une oeuvre déterminante d’un nouveau cinéma qui attire, à la fin des années 1980, l’attention sur le septième art made in Taiwan.
Vivre sa vie
Avec son style épuré et distant, ses plans fixes, ses ellipses et ses personnages insaisissables, Hou Hsiao- Hsien s’affirme d’emblée comme un metteur en scène impressionniste. Fait des plus étranges, l’affiche de ce film montra pendant longtemps un jeune couple cheveux au vent sur une moto qui était devenue le symbole de la nouvelle vague taiwanaise ; or, cette image n’apparaît jamais dans le film lui-même. Cette absence nous renseigne sur l’art du réalisateur : ce n’est pas le récit d’événements linéaires réels qui l’intéresse mais plutôt la coupe dans le temps, avec des scènes dont il est parfois difficile d’affirmer si elles ont eu lieu ou non, si elles appartiennent au passé, au présent ou au néant.
Plongée dans les années 1960 inspirée de l’autobiographie de l’écrivain et coscénariste Wu Nien-Jen, Poussière dans le vent raconte une histoire d’amour vouée à l’échec entre Wan et Huen, deux ados ayant grandi ensemble dans la région nord de l’île. Tous les deux vont quitter leur village rural pour rejoindre Taipei, mais Wan étant appelé à effectuer son service militaire, ils vont se séparer, puis s’éloigner l’un de l’autre. Cette rupture se profile tout au long du film : les cadres sont partagés entre ciel et terre, entre intérieurs et extérieurs, ou bien traversés par des rails et des ponts. Ces motifs omniprésents rappellent combien ce film sur l’adolescence, hanté par l’irréconciliable hiatus ville-campagne, repli-ouverture et archaïsmemodernité, pose de manière singulière, jusqu’alors inédite, des questions d’identité profondément intimes et, plus largement, historiques et nationales.
Poussières dans le vent, de Hou Hsiao-Hsien
Avec : Wang Chien-Wen, Xin Shufen…
Distribution : Splendor Films
Durée : 1h49
Reprise : 1er août


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