AGENDA // 18 Janvier 2012
Rooney Jeunesse
_Par Vincent Julé
Au milieu de la tempête de neige, de violence et d'images du Millénium de David Fincher, une silhouette, une fille, une actrice. Rooney Mara n'était presque qu'une voix dans The Social Network, elle est maintenant un corps de cinéma, taillé comme un diamant noir. Et toujours cette voix.
Avez-vous lu les romans et vu la première adaptation cinéma ?
Oui, bien sûr, j'ai lu les trois romans, mais je n'ai vu que le premier film. Et ce plusieurs mois avant même de commencer les auditions.
Qu'en avez-vous pensé ?
J'ai trouvé ça très bien, surtout Lisbeth. Quel personnage formidable !
Votre Lisbeth est différente de celle incarnée par Noomi Rapace dans les films suédois. Quelle part vient de vous, et quelle part vient de David ?
Je ne sais pas vraiment. J'avais lu les romans, j'avais ma propre idée de ce que devait être le personnage. « A clear picture of her. » Et les idées que s'en faisait David rejoignaient les miennes. C'est donc plus une expérience collaborative. David était en charge, ou plutôt contrôlait tout ce qui se passait à l'écran, qui était lié à l'image, à la mise en scène. Mais il a plus ou moins laissé le personnage entre mes mains.
Et quelle était votre idée ?
Lisbeth est un être humain complexe, incroyablement forte, et pourtant très vulnérable. Elle est entre ses deux pôles opposés, extrêmes. Il est donc difficile de savoir ce qu'elle va faire, ce qu'elle peut donner.
Pour moi, la première Lisbeth, interprétée par Noomi Rapace, était violente, punk, gothique, alors que la vôtre se révèle plus romantique.
C'est dans le livre, c'est ainsi qu'il se termine. Il y a ce qu'on peut appeler une histoire d'amour. Lui, Mikael Blomkvist joué par Daniel Craig, est cet homme qui entre dans sa vie et qui lui donne une lueur d'espoir, d'humanité. Peut-être a-t-elle enfin rencontré quelqu'un en qui elle peut avoir confiance. Ce qui ne lui était jamais arrivé avant. Il y a donc cet espoir, cette beauté, qui grandit en elle.
Il y a une rumeur, une légende, qui veut que lors de votre audition pour le rôle, David Fincher avait déjà le communiqué de presse officiel du film sur son iPad et n'attendait que votre accord pour l'envoyer.
Les gens se sont emballés sur cette histoire, l'ont embellie. Vous savez, j'ai passé deux mois et demi à auditionner pour le rôle. David m'a appelé un jour dans son bureau, et je pense que c'était une énième audition, un autre test. Il m'a fait asseoir et m'a expliqué tout ce qui découlerait du rôle et du film, ce qui m'arriverait. Le positif comme le négatif. Il voulait que j'ai toutes les informations en ma possession pour prendre la bonne décision. Et c'est vrai qu'il avait le communiqué de presse sur son iPad et était prêt à l'envoyer. Mais ce n'était pas aussi dramatique qu'on a bien voulu le raconter.
Quand vous repensez aujourd'hui à votre scène, la première du film, dans The Social Network, que ressentez-vous ?
J'adore le film, et c'est une scène incroyable qu'a écrit Aaron Sorkin. Je me suis sentie privilégiée de pouvoir dire ces mots, être dans cette scène avec Jesse Eisenberg. Une sacrée expérience, même si je n'ai travaillé que quatre jours sur le film.
C'est grâce à cette scène que David vous a rappelé pour Millénium ?
Non, à vrai dire, je n'ai eu aucune relation avec David sur The Social Network. Quatre jours, c'est trop court. Et David n'a pas pensé tout de suite à moi pour Millénium, il devait penser que je n'étais pas la bonne personne, que j'étais quelqu'un d'autre. Car ce dont il avait besoin pour The Social Network est à l'inverse total de ce dont il avait besoin pour Millénium. C'est pour cela qu'il ne voulait pas me voir au début. Mais a priori, il a changé d'avis. (rires)
Vous n'avez jamais eu peur de vous attaquer à un tel personnage ?
« Nope. » Pas du tout. Il y a bien sûr des choses difficiles à jouer, mais je n'ai jamais eu peur. J'ai dû y aller, tête baissée, il n'y avait pas de place pour l'hésitation.
"Je vais déjà essayer de sortir vivante de celui-là"
Vous avez signé pour trois films ?
Oui, j'ai signé pour la trilogie. Daniel Craig aussi. Mais pas David. Donc je ne sais pas ce qui va se passer. Nous devons attendre. Et même si David ne revenait pas derrière la caméra, je suis attachée au personnage et à l'histoire. Mais je ne vais pas mentir, je serais triste si ce n'était pas David. Même si, dans un sens, je comprendrais qu'il passe à autre chose.
Quels sont vos prochains projets ?
Je ne sais pas encore. Je vais déjà essayer de sortir vivante de celui-là. C'était un travail si difficile, si passionné, que je veux pas me précipiter sur un autre film, il faut que je sois tout aussi passionnée.
Et qu'en est-il de Lawless, de Terrence Malick avec Ryan Golsing ?
Oui, c'est vrai, mais ce n'est pas pour tout de suite. A la fin de l'année je pense.
David Fincher, Terrence Malick... !
Je sais, vous, les Français, vous adorez ces deux réalisateurs.
Votre soeur Kate Mara (Shooter, 127 heures) est aussi actrice. La comédie, c'est une histoire de famille ?
J'ai aussi deux frères, et ils ne sont pas du tout dans le cinéma. Disons plutôt une histoire de soeurs, « a sisters' thing ». Kate a commencé avant moi, elle est mon ainée. Mais je crois que nous sommes tombées amoureuses du cinéma en même temps. Nous regardions plein de vieux films ensemble. Mais elle est accro, elle va tout voir, cinq soirs par semaine.
Une envie d'écrire ou de réaliser ?
Je ne sais pas si j'aurais la patience pour être auteure ! Mais réaliser pourrait être intéressant. Contrôler les choses. Mais pas tout de suite. Je viens de commencer en tant qu'actrice. Je veux être parfaite avant toute chose. Dans plusieurs décennies peut-être.
Millénium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes de David Fincher // Sortie le 18 janvier










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