TÉLÉVISION // 08 Août 2011
Treme, Wire & Co
_Par Adrian Walter
Leurs noms accompagnent les génériques de quelques-unes des plus profondes séries nées aux États-Unis ces dernières années :The Wire, Treme et En analyse. Rencontre avec les scénaristes ERIC OVERMYER, RICHARD RUSSO et SARAH TREEM pour une séance de décryptage et d’autocritique d’un métier qu’ils ont aidé à redéfinir, au cœur de la chaîne américaine la plus inventive de son époque : HBO.
LETTRES DE NOBLESSE
« Qui aurait pu prévoir que la télévision deviendrait un tel espace de création artistique ? », s’emporte Richard Russo, écrivain jovial couronné par le prix Pulitzer en 2002 pour Empire Falls, dont l’adaptation en mini-série par HBO porte le même nom. À côté de luise trouve Eric Overmyer, plus introverti, scénariste de la cultissime série The Wire puis cocréateur du chef d’œuvre de HBO sur La Nouvelle-Orléans de l’après-Katrina : Treme. Une belle jeune femme est assise entre eux, Sarah Treem. Sous contrat avec HBO, elle a coécrit les trois saisons d’En analyse et est désormais l’une des scénaristes phares de How to Make it in America.
DOCUMENTAIRE
En fin connaisseur de l’histoire de la télévision américaine, Eric Overmyer tempère l’enthousiasme de Russo :« Tout cela est cyclique. » Une remarque que Sarah Treem reprend au vol :« C’est vrai, dans les années 1950-1960,de grands scénaristes écrivaient pour la télévision. » C’est l’apparition des chaînes Showtime, TNT et HBO qui a bouleversé la donne ces dernières années, avec en toile de fond le désert créatif du cinéma hollywoodien. Pour nos interlocuteurs, la qualité des séries made in HBO tient d’abord à l’accumulation du matériel qui nourrira l’écriture. « The Wire et Treme ont un style documentaire, y compris dans la façon dont les plans sont tournés, juge Overmyer. Même si Treme est un drame historique, il y a beaucoup de documentation, de rencontres avec de vrais Louisianais. Quant à la musique, elle est filmée live à 95 %, que ce soit dans la rue ou dans un club, et non en playback. C’est un vrai défi technique. » Sarah Treem enchaîne : « Filmer la rue, attraper l’instant, même si c’est écrit et qu’il y a cent personnes autour ! On ne sait pas si ça va durer, mais on est passé de quatre caméras pour un plan dans Friends à une seule, avec une approche cinéma ou documentaire. Beaucoup de séries vont dans ce sens. »
POLITIQUE
Au-delà de cette forme nouvelle, la réussite des séries de HBO repose sur une équation fondamentale, que résume Sarah Treem : « Un point de vue qui n’a pas encore été clairement établi et qui est, grâce à l’histoire montrée, perçu comme vrai par le public. Si Treme peut être regardé comme un show assez politique, c’est parce qu’il capitalise sur un fait identifié : la responsabilité des autorités dans le désastre humain de Katrina. » Fait on pour autant de la politique chez HBO ? Overmyer et Treem semblent s’en défendre, mais Richard Russo se lance : « Je ne crois pas être un écrivain particulièrement politique. Mais, du fait que je m’intéresse aux gens les plus pauvres et aux rapports de classes en Amérique, je ne crois pas qu’il soit possible de mettre de côté mes opinions.» Overmyer s’interroge, après un moment de silence : « Nos séries affectent-elles le réel ? On a dit que les parrains de la mafia américaine avaient changé de style après la sortie du Parrain, mais je ne sais pas si c’est mesurable. » On sent néanmoins que c’est là que réside le nœud gordien qui les préoccupe tous les trois : quantifier l’interaction avec ce réel réinventé. « Vous savez, nos shows ne sont pas très populaires en Amérique, avoue Eric Overmyer, impuissant. La plupart des séries restent à vocation consumériste, avec un niveau extrêmement médiocre, comme American Idol. Nos séries n’ont pas encore pénétré le mainstream. Peut-être indirectement, avec les années… »Demain, les trois scénaristes rentreront chez eux, sur la Côte Est. Loin d’Hollywood et des studios.
En Analyse , Treme et The Wire Chaine : Orange cinéma séries Diffusion: en cours










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