CINEMA // 02 Mai 2012
Walk Away Renée
_Par Clémentine Gallot
Filmeur invétéré de sa propre vie, l’Américain Jonathan Caouette signe avec Walk Away Renée un portrait maternel criard et déglingué.
Cercle bipolaire
Les affaires reprennent pour Jonathan Caouette : après son autoportrait cathartique, Tarnation – chef d’oeuvre pour les uns, film hideux et narcissique pour les autres –, qui l’avait présenté au monde en 2003, voici Walk Away Renée. Ce nouveau psychodrame est fait du même bois : l’excentrique cinéaste new-yorkais consacre ici un portrait à sa mère, Renée, schizophrène et beauté flétrie, affaiblie par des années de traitements psychiatriques. Ce roadmovie hétéroclite suit le transfert de Renée, d’un asile texan à une maison de repos de l’État de New York, pour se rapprocher de son fils installé à Brooklyn. « Si l’on n’est pas entouré de membres de sa famille, on devient facilement un cobaye, c’est l’enfer », raconte le réalisateur. Walk Away Renée tient du patchwork, entre journal intime et film fait maison ; en toute logique, puisque Caouette se filme sans relâche depuis l’enfance, développant une autofiction, dont la longévité s’inscrit en négatif des téléréalités voyeuristes. Le résultat est un objet indéfinissable, mêlant la tournure pop queer d’un John Cameron Mitchell aux envolées fluos psychédéliques de Gregg Araki, d’un mauvais goût revendiqué. À travers le sort de Renée, usée par les électrochocs et les médicaments au lithium, le film retrace une histoire passionnante des effets de la psychiatrie sur une classe moyenne américaine médicalisée à gogo.
Walk Away Renée de Jonathan Caouette
Avec : Jonathan Caouette, Zoe Emre Dahan…
Distribution : UFO Distribution
Durée : 1h30
Sortie : 2 mai


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