test

affiche

evenements

salle

CINEMA // 20 Mai 2012

Wassup Larry Clark?

_Par Juliette Reitzer

Où ? Quand ? Comment ? Nous avons rencontré à Cannes les producteurs du prochain film de Larry Clark (Kids, Ken Park) : The Smell of Us.

Wassup Rockers, le dernier long métrage de Larry Clark, est sorti en 2006 (cf. photo). Depuis, il y a eu la très belle rétrospective du Clark photographe au Musée d’art moderne, mais rien à se mettre sous la dent côté grand écran. Bonne nouvelle : le cinéaste américain travaille actuellement au développement de The Smell of Us, son prochain film, qu’il tournera dès septembre, à Paris. Mais c’est sur la Croisette que nous avons rencontré les deux producteurs du film,  Gérard Lacroix (Morgane Production) et Pierre-Paul Puljiz (Polyester). Ils nous ont parlé de cet alléchant projet.

Comment s’est amorcée votre collaboration avec Larry Clark ?

Pierre-Paul Puljiz: J’avais produit en 2002 le seul documentaire qui existe sur lui, Larry Clark, Great American Rebel. Il y a deux ans, on a décidé avec Gérard de faire un documentaire sur son livre Tulsa, qu’on va tourner à la fin de cette année ou au début de la suivante. Pendant qu’on travaillait avec Larry sur ce projet, il nous a dit avoir une idée de film en France et nous a demandé si on avait envie de le produire. 

J’imagine que vous n’avez pas réfléchi trop longtemps ?

Gérard Lacroix : Si, quand même, parce que ce n’est pas simple de produire un Larry Clark. Ce projet est né de sa rencontre avec un jeune poète français de 23 ans, Mathieu Landais, pendant son exposition à Paris. L’écriture s’est faite entre eux, Mathieu envoyait des propositions à Larry, qui renvoyait ses remarques. Puis on a fait un travail de producteur sur le scénario, c'est-à-dire qu’on a cherché à le faire entrer dans les normes acceptables pour ne pas être censuré, ce qui passe par des discussions, des réécritures. Cette étape nous a pris trois mois. En avril dernier, le scénario était prêt.

Larry Clark s’est souvent heurté au mur de la censure. Etait-ce un sujet compliqué à aborder avec lui ?

P.-P.P. La censure fait partie de sa filmographie. En parler avec lui était une condition préalable importante, il en va de notre intérêt mais aussi du sien. Il ne peut pas continuer à faire des films qui ne sortent pas.

G.L. C’est quelque chose qu’on a intégré dans notre contrat avec lui. Cela conditionnait le financement et la possibilité de faire le film. Après la censure de son exposition [interdite au moins de 18 ans, ndlr], il a eu une incompréhension parce qu’il pensait que la France était un pays beaucoup plus ouvert que les Etats-Unis. L’idée est de faire un film qui montre une jeunesse française, et qui peut être vu par elle.

 

 

"Quatre copains entre 18 et 20 ans, sur fond de skate-board.

Un couple, Marie et Pacman, qui s’entredéchirent pour se rendre compte qu’ils existent,

avec une totale impossibilité de communiquer."

 

 

Aujourd’hui, quel est l’état d’avancement du projet ?

G.L. On est à l’étape du casting. Larry est venu à Paris il y a une quinzaine de jours pour rencontrer des jeunes, valider certaines options. Et on boucle le financement. Canal + souhaite prendre le projet, on attend prochainement la décision d’Arte, de l’avance sur recette du CNC et de coproductions qu’on est en train de monter. Le tournage est prévu en septembre.

Comment procédez-vous pour le casting ?

P.-P.P Quand Larry a commencé à travailler avec Mathieu, il lui a demandé à rencontrer un maximum de jeunes du milieu du skate parisien, dans des soirées, des squats, des clubs. Il a vu environ 250 jeunes à ce moment-là. Il vient d’en rencontrer 200 autres, et il revient dans trois semaines pour finaliser le casting. Mais ce sont des jeunes non professionnels, et il faut qu’il trouve parmi eux un parfait équilibre pour jouer ensemble.

Quel est le budget du film ?

G.L. Dans les 3 millions d’euros.

Et de quoi parle-t-il ?

P.-P.P. Quatre copains entre 18 et 20 ans, sur fond de skate-board. Un couple, Marie et Pacman, qui s’entredéchirent pour se rendre compte qu’ils existent, avec une totale impossibilité de communiquer. Deux autres potes, JP et Matt, qui ne sont pas désillusionnés, parce qu’ils n’ont jamais eu d’illusions, mais qui vivent sans aucun sentiment du monde qui les entoure, et qui par ennui décident sur un coup de tête de se livrer à la prostitution masculine sur Internet.

G.L. Pour avoir de l’argent facile, pouvoir consommer leurs drogues et vivre l’instant présent. C’est aussi un film sur le rapport avec Internet, l’idée de se filmer en permanence.

P.-P.P. Larry voit ça comme une manière de dire : « Attention, vous ne savez pas ce que vous faites avec Internet. » Depuis quelques années, il correspond énormément avec des jeunes partout dans le monde grâce à internet, mais il a un vrai esprit critique vis-à-vis de ce moyen de communication.

Il transpose en France des thématiques récurrentes de son cinéma, jusqu’à présent très américain. Comment envisage-t-il cette transposition ?

P.-P.P. C’est la première fois que Larry Clark tourne en dehors des Etats- Unis. Le sujet est toujours le passage de l’adolescence à l’âge adulte, mais pour la première fois ce ne sont pas des jeunes de la classe moyenne. Ils viennent de toutes classes confondues, mais font surtout partie de la jeunesse dorée.

G.L. Mais le film n’aborde pas frontalement le problème des classes sociales. Ils sont tous embarqués dans cette même société de consommation qui les asphyxie. C’est aussi un type de narration différent de ce que Larry a fait avant. D’habitude, il filme dans du présent absolu, là il y a des flashbacks, des cauchemars, des porosités entre les voix off des personnages qui commentent ce qui arrive aux autres, donc des choses plus introspectives qui disent aussi d’où viennent les traumatismes. Il a voulu qu’on lui présente le chef opérateur français de Jacques Audiard, Stéphane Fontaine, avec qui il souhaite travailler. Il veut aussi faire appel à des artistes français pour la musique, qui aura une part importante dans le film. Il s’immerge dans la culture française en apportant son regard étranger, comme un anthropologue.

P.-P.P. Comme souvent avec Larry, c’est un film dont il est difficile de tirer une morale, bien qu’il prétende être un moraliste. Une de ses plus grandes qualités est sa capacité à se mettre en immersion totale avec son sujet. Un réalisateur de 40 ou 50 ans va avoir tendance à transposer sa propre jeunesse sur la jeunesse actuelle. Alors que Larry dit « bon, ils font quoi ces jeunes ? Je veux vivre avec eux 24 heures sur 24 et je veux savoir ce qu’ils ont dans la tête. Et pas que dans la tête. »

(0)

Post new Commentaire

x

Désolé, problème de connexion avec le cinéma, merci de réessayer ou d'acheter votre billets directement en salle

ok

ok