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Cannes 2009 (le blog, trié par catégorie)

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[Cannes 2009] Le Palmarès

Le 24/05/2009

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Palme d'Or : DAS WEISSE BAND (LE RUBAN BLANC) réalisé par Michael HANEKE

 



Grand Prix : UN PROPHÈTE réalisé par Jacques AUDIARD

 



Prix de la mise en scène : Brillante MENDOZA pour KINATAY

 



Prix du scénario LOU Ye pour CHUN FENG CHEN ZUI DE YE WAN (NUITS D'IVRESSE PRINTANIÈRE)

 



Prix d'interprétation féminine Charlotte GAINSBOURG dans ANTICHRIST réalisé par Lars VON TRIER

 



Prix d'interprétation masculine Christoph WALTZ dans INGLOURIOUS BASTERDS réalisé par Quentin TARANTINO

 

Andrea Arnold



Park Chan-Wook


Prix du Jury Ex-aequo FISH TANK réalisé par Andrea ARNOLD et BAK-JWI (THIRST, CECI EST MON SANG...) réalisé par PARK Chan-Wook

 

Prix Vulcain de l'Artiste-Technicien, décerné par la C.S.T. MAP OF THE SOUNDS OF TOKYO (CARTE DES SONS DE TOKYO) réalisé par Isabel COIXET

 

Prix Spécial pour l'ensemble de sa carrière LES HERBES FOLLES réalisé par Alain RESNAIS

 

COURTS METRAGES Palme d'Or du court métrage ARENA réalisé par João SALAVIZA

 

Mention spéciale - court métrage THE SIX DOLLAR FIFTY MAN (L'HOMME QUI VALAIT 3,5 DOLLARS) réalisé par Louis SUTHERLAND



Photographe: Moland Fengkov

[Cannes 2009] Panoramique

Le 24/05/2009

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 A quelques heures du palmarès, retour sur quelques films présentés en compétition lors de la 62è édition cannoise.

 

A l’occasion du 40è anniversaire du festival de Woodstock, Ang Lee (Brokeback Moutain) réalise l’opportuniste Taking Woodstock, une comédie destinée au grand public. Tout en surface, avec ses personnages à la limite de la caricature (la mère juive, radine et oppressante), le film remplit néanmoins sa fonction de divertissement. 1969, une petite bourgade du nord de l’Etat de New York. Elliot Tiber (excellent Demetri Martin, vu dans la série Flight of the Concords), est dans une situation économique catastrophique. Gérant d’un motel familial sur le point d’être saisi, il contacte des producteurs d’un festival de musique. Bientôt, un demi-million de personnes envahissent le village, pour le plus grand événement de la contre-culture. De la musique, il ne sera pas fait grand cas ici. De la scène, nous ne verrons rien qu’un point lumineux, logé au fond d’une cuvette herbeuse, pendant un trip sous acide, inutile au plan fictionnel autant que cliché. Face au touchant Demetri Martin, Emile Hirsch et Paul Dano jouent les utilités, à l’instar d’un film résolument décoratif.

 

 

De la musique, mais de la grande cette fois-ci avec Vincere de Marco Bellochio qui signe un film opératique. Le réalisateur revient sur un fait méconnu de l’histoire italienne : les amours de Benito Mussolini et de sa maîtresse Ida Balser, dont il a eu un fils. S’il a reconnu dans un premier temps l’enfant, le dictateur a fait disparaitre toutes les traces de cette liaison, une fois marié à une autre et au pouvoir. En amoureuse dépendante et fusionnelle, l’actrice Giovanna Mezzogiorno impressionne par son intensité. Ida Balser a passé une partie de sa vie à l’asile. Folle, affabulatrice, paranoïaque, aucun adjectif ne lui sera épargné et la vérité, jamais reconnue de son vivant. Quant à son bâtard, il va connaitre le même sort. L’asile fonctionne comme le lieu métaphorique de l’Italie fasciste, enfermée dans son idéologie radicale. Bellochio filme ces destins broyés, avec le lyrisme de l’opéra italien. Très travaillée, la bande son joue sur les ruptures, entre silence de plomb et envolées emphatiques. Vincere est un grand film romanesque.

 

 

Cette dimension romanesque fait précisément défaut à Visage du réalisateur taïwanais Tsaï Ming-Liang. L’auteur francophile de La Rivière (son chef d’œuvre), grand admirateur de Truffaut, fait ici sa Nuit américaine. Film dans le film, Visage rend hommage aux acteurs. La caméra scrute la beauté de leurs visages, en caresse la surface réactive et émouvante. Si l’on retrouve tous les motifs chers à l’auteur (l’inondation, la comédie musicale), cette commande du Musée d’Orsay peine à s’incarner. Le film est une succession de tableaux, où l’auteur cite son propre cinéma. En écho à un autre tableau, Laetitia Casta joue les Salomé face à Lee Kang Sheng, dans une séquence (ketchup et plastique) qui évoque le Dracula de Coppola. Tsaï Ming Liang réunit Fanny Ardant Jean-Pierre Léaud (les acteurs fétiches de Truffaut) pour les plonger dans sa fantaisie cinéphile. Au mieux, on éprouve une tendresse pour ce film-clin d’œil, qui trouvait déjà sa matrice dans Et là-bas quelle heure est-il ?

 

 

Et à Tokyo, quel bruit fait-il ? La réalisatrice espagnole Isabel Coixet tente d’y répondre avec Maps of the sound of Tokyo. On reste malheureusement sourds à sa proposition. La petite amie d’un expatrié (Sergi Lopez) se suicide. Ivre de douleur, son père met un contrat sur la tête de son gendre. Une tueuse est chargée de liquider le fiancé défaillant, mais elle tombe amoureuse de sa cible. Ils entament une liaison torride, où elle joue les substituts affectifs. Isabel Coixet délaisse rapidement le seul personnage intéressant de son récit, au scénario balisé : un vieil homme solitaire qui enregistre les sons de la ville. Narrateur de l’histoire, il aurait pu apporter au film la substance qui lui manque cruellement. Horriblement cliché, le film trouve une résolution navrante. Gaspar Noé, lui, a su oser. On ne peut s’empêcher de comparer les deux films (qui se sont faits avec la même production japonaise), l’un furieux, produisant du cinéma, quand l’autre, illustratif, reste à la surface de son sujet.

 

_Sandrine MARQUES

[Cannes 2009] The Time that remains

Le 24/05/2009

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Un film d'Elia Suleiman - en compétition officielle

 

Avec The Time that remains, le réalisateur palestinien livre un très beau récit autobiographique, tout en humour silencieux qui en dit long.

 

Dans cette chronique intime, Elia Suleiman révèle le quotidien de sa famille et de son entourage restés à Nazareth après l’invasion israélienne de 1948. Cette vie quotidienne, il la raconte par anecdotes faussement anodines : les parties de pêche nocturnes de son père, la correspondance de sa mère, les discours politiques fantaisistes du voisin, les salades de lentilles immangeables de la tante… Autant de touches impressionnistes qui dévoilent l’âme, les coutumes, les idées, la beauté de la Palestine : son existence irréductible.

 

Mais The Time that remains n’est pas une leçon historique ou politique. Suleiman ne montre jamais la violence frontalement et s’intéresse davantage aux petites histoires qu’à la grande. Pour mieux souligner l’absurdité de cette guerre et de la guerre, il a recours à une arme imparable : l’humour. Un humour clin d’œil aux plus grands clowns tristes, de Tati au cinéma muet (Elia Suleiman dans son propre rôle ne dira pas un mot du film.) A l’intérieur de cadres fixes très larges, il filme à répétition des gags dépouillés. Le directeur convoque une première fois le petit Elia pour le réprimander d’avoir qualifié les Etats-Unis de puissance « impérialiste » en plein cours. Plus tard, même plan, mêmes postures, même phrase, mais cette fois, la puissance est « colonialiste ». Avec son large cadre, ses petits personnages immobiles et de profil, ses répliques minimalistes, la scène ressemble à un dessin de Sempé. Un affrontement entre l’armée et des manifestants palestiniens s’interrompt brusquement pour laisser passer une dame et sa poussette : le silence se fait et le bruit des roues grinçantes remplace celui des mitraillettes.

 

A coups de petites humiliations et de moqueries bienveillantes, Suleiman démasque l’absurdité et la bêtise humaines mieux que n’importe quel bain de sang. Un très beau film fait de petits gags et de grande poésie.

 

 

_Raphaëlle Simon, à Cannes

[Cannes 2009] Canine-Prix un certain regard

Le 24/05/2009

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Un film de Yorgos Lanthimos- remporte le prix Un certain regard

Le film du grec Yorgos Lanthimos a remporté le prix Un Certain Regard, section  présidée cette année par le réalisateur italien Paolo Sorrentino. Cette section officielle du Festival de Cannes vise à révéler des réalisateurs encore peu connus, engagés dans un cinéma indépendant et atypique. Pari tenu.

Un père et une mère vivent avec leur fils et leurs deux filles d’une vingtaine d’années dans une maison clôturée. Les enfants ne sont jamais sortis de cette prison dorée et ont pour seul lien avec le monde extérieur une jeune femme tenue à la loi du silence, Christina, qui vient rassasier l’appétit sexuel du fils. Tous vivent sous les règles imposées par le père : ils demandent le « téléphone » pour saler leurs plats, se lèchent partout les uns les autres pour obtenir une faveur, pourchassent les petits chats avec des énormes ciseaux, attendent que leur canine tombe pour sortir de la maison.


Ces coutumes absurdes et grotesques font rire ou mettent mal à l’aise, un peu comme Salo ou les 120 journées de Sodome, le côté scatologique en moins. Il est toujours inquiétant de prendre conscience de l’arbitraire des convenances sociales qui peuvent être complètement réinventées sous le joug d’un homme inspiré.


Pour autant, et malgré une fin sensée qui résonne comme un conte, Canine n’est pas un film directement politique ou moral: cet homme-ci n’est pas bien ou mal inspiré, il pense bien faire. Loin de tout didactisme explicatif, la raison de cet isolement reste mystérieuse, et les mœurs étranges de la famille ne sont jamais lourdes de sens métaphorique. C’est cet élan absurde et spontané mais jamais gratuit qui fait tout le charme de ce film-ovni, de cette farce amère et dérangeante.

Lire l'interview de Yorgos Lanthimos


_Raphaëlle Simon

[Cannes 2009] La Terre de la folie

Le 23/05/2009

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Un film de Luc Moullet – Quinzaine des Réalisateurs.

 

CRIME PASSIONNEL

 

Entre humour noir, absurdité et systématisme, Luc Moullet livre un réjouissant docu-fiction sur la folie dans les Alpes du sud.

 

Moullet, l’enfant du pays devenu critique puis cinéaste parisien, pose sur sa région d’origine un double regard, conforme au décalage mis à l’œuvre dans son cinéma. Narrateur pince sans rire et maladroit, il s’adresse à ses spectateurs face caméra, débutant son recensement morbide avec le triple meurtre commis par un de ses aïeuls, paysan en rogne après qu’on ait déplacé sa chèvre de quelques mètres sans l’avertir. S’ensuivent témoignages des autochtones, reconstitutions champêtres et techniques d’investigation redoutables : on plante des punaises sur une carte de la région et y tend un élastique, pour délimiter un « pentagone de la folie ».

 

Fréquemment comparé par les journalistes à Jacques Tati (même penchant pour un humour décalé construit sur le systématisme et les absurdités du quotidien), Luc Moullet y oppose un argument de poids : le comique qu’il pratique s’appuie sur la parole. Alors qu’à l’image broutent, tranquilles, une poignée de vaches inoffensives, Moullet assène d’un ton monocorde digne d’un JT régional : « un lieu propice au crime ». Fidèle à sa méthode qui du particulier aboutit au général (« J’en conclus qu’il est plus probable de se faire assassiner par un fou quand on travaille dans un lieu exposé comme La Poste »), le réalisateur filme ces témoignages sanglants dans des cadres bucoliques, travaillant ici encore la figure du décalage et replaçant dans le même mouvement la mort comme évènement le plus banal qui soit.

 

Interrogé sur son ambition de faire rire avec le tragique, il nous citera en exemples les films de Chaplin et Lubitsch sur le nazisme ou la misère, avant ajouter : « Parler de la mort, c’est le fin du fin pour un cinéaste comique, parce que c’est le sujet le plus dramatique qui soit. Mais c’est aussi une manière de rester vivant. » Ce sera suffisant pour que l’on suspecte La Terre de la folie de n’être qu’un efficace prétexte pour exercer une méthode, la méthode Moullet.

 

Juliette Reitzer, à Cannes.

[Cannes 2009] Soudain le vide

Le 23/05/2009

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Un film de Gaspar Noé – En compétition officielle.

 

On se souvient de Gaspar Noé, poings posés sur les hanches, attendant en haut des marches les journalistes, avant la projection du sulfureux Irréversible. Pour ce nouveau rendez-vous cannois, le provocateur a préféré les défier directement dans la salle, avec un film audacieux, dopé aux narcotiques.

 

A Tokyo, Oscar et sa sœur entretiennent une relation fusionnelle. Petit dealeur, le garçon est tué par la police. Son esprit se met à flotter au-dessus de la ville. Passé, présent et futur se mêlent dans un trip hallucinogène. Le film s’ouvre sur un shoot de DMT, molécule que secrètent les personnes sur le point de passer de vie à trépas, selon le Livre des morts tibétain auquel se réfère de bout en bout Noé. Construit en trois grands blocs, délimités par des cartons blancs stroboscopiques, Soudain le vide puise sa substance dans la sensation, davantage que dans la narration. Noé n’a jamais été très fort sur les dialogues. Ca tombe bien, il y en aura peu : le film épouse les modalités sensorielles d’un trip. C’est l’occasion pour l’auteur de revisiter les délires psyché de 2001, l’Odyssée de l’espace, dès les 15 premières minutes de son odyssée mystico-toxique. A ce moment là, soit on plonge - et la montée sera bonne - soit on fait un bad trip.

 

Voir un film de Noé, c’est souvent résister. Or ici, il faut s’abandonner à la structure répétitive et circulaire, à la caméra subjective suivie d’une plongée de près d’1h30 au-dessus de la ville de Tokyo, pour atterrir dans un love hotel où des couples s’ébattent, en libérant des fluides phosphorescents. Enter the Void commence comme 2001 pour s’achever sur un succédané du Miracle de la Vie, la série documentaire où l’on apprenait comment on faisait des bébés. Mauvaise descente.

 

On aurait pu passer sur l’inanité des dialogues, et la sous-exploitation de la magnifique Paz de la Huerta (qu’on va retrouver dans le prochain Jarmusch), mais la naïveté de Gaspar Noé plombe la fin de son film. On assiste, ébahis, à une pénétration filmée depuis l’intérieur d’un vagin, puis à une naissance, en forme de réincarnation. Gaspar Noé ne sait pas terminer ses films. On attend donc de voir son nouveau montage, car en dépit de ses maladresses, Enter The Void reste une vraie expérience scopique.

 

Sandrine MARQUES, à Cannes.

[Cannes 2009] Carcasses

Le 23/05/2009

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Un film de Denis Côté - Quinzaine des Réalisateurs.

 

TERRE PROMISE

 

Œuvre hybride, « objet filmique » situé quelque part entre le documentaire et la fiction, Carcasses du Québécois Denis Côté s’enracine au cœur d’un atypique paradis perdu.

 

Jean-Paul Colmor est ferrailleur, heureux possesseur d’un vaste terrain sur lequel il entasse, répertorie et bricole toute sorte d’objets. Si vous lui posez la question, il répondra sans rougir que cet océan de vieux trucs inutiles le satisfait pleinement. Mais le quotidien de ce solitaire assumé est bientôt perturbé par l’irruption d’intrus dans sa propriété. Armés et résolus, quatre trisomiques comptent bien s’installer quelques jours dans ce havre de paix, loin d’une civilisation qui les rejette constamment.

 

« Au Québec, je fais figure de marginal. Mes films dérangent mais on ne peut pas les ignorer, parce qu’ils reçoivent des prix, plaisent aux cinéphiles », nous confiait Denis Côté. Et il est vrai que Carcasses s’amuse à nous perdre : si tout commence à la manière d’un documentaire, contemplatif et étiré, il bascule en son milieu dans une fiction aussi efficace que surprenante –ces deux parties étant symboliquement séparées par un fondu au noir. Entièrement filmé en plans fixes, « pour m’imposer une contrainte, une difficulté supplémentaire, un peu comme dans le manifeste Dogma », Carcasses joue avec des éclats du réel pour livrer une talentueuse réflexion formelle sur la marginalité, et place Denis Côté sur les cimes du nouveau paysage cinématographique mondial.

 

Juliette Reitzer, à Cannes.

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