Culture
[Culture]Happening au Trocadero
Le 10/03/2008
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STUPEUR SANS TREMBLEMENT AU TROCADERO
"Freeze, mother fucker! ». C’était le mot d’ordre samedi 8 mars 2007, sur l’esplanade du Trocadéro à Paris. 3000 personnes étaient attendues pour rester figées durant 5 minutes à 14h55. Badauds et participants échangeaient la même rengaine : « Mais c’est pourquoi faire ? Quelle institution gère ce rassemblement ? ». Point d’organisation franc-maçonne derrière tout cela, seulement le sémillant Charles Nouyrit, trentenaire aussi givré qu’un Mister Freeze à la menthe.« Mais qu’est-ce qu’on gagne à part un rhume ? » pointilleuse question d’une passante éberluée par le joyeux chaos tranquille qui s’est instauré de part et d’autre des bassins d’eau du Trocadéro. Réponse bafouillée par un ado tektonicien en représentation sur les marches : « En tout cas c’est juste trop beau ». Devant nous des passants par milliers se sont figés dans leurs gestes quotidiens. On jurerait que la tour Eiffel est plus vivante que ces statues de sel, dressées au milieu des rares touristes encore animés.
Une heure plus tôt rencontre avec l’hurluberlu qui déplace les foules pour leur demander de s’arrêter. Casquette blanche et mégaphone en main, Charles confesse travailler dans le monde du web. Celui que l’on baptisera Mr. Freeze, monte des start-up la semaine et se transforme en manitou du freezing (action de se figer) le week-end, profitant des facilités que des réseaux sociaux comme facebook offrent pour ce genre d’évènement. Sur une pelouse, un peu à l’écart du palais de Chaillot, journalistes et participants premiers arrivés tentent de tirer les vers du nez de Mr. Freeze, voir la partie immergée de son iceberg.
Curiosité vite déçue par la laconique réponse de Charles qui commence déjà à donner les dernières indications au mégaphone : « le Freeze ne porte aucun message et c’est une manifestation pacifique ». Bref pas de vocation politique ou artistique (c’était la journée de la femme mais personne n’a esquissé la moindre référence à l’évènement), seulement l’envie d’en mettre plein la vue à ceux qui ne sont pas dans la confidence, spectateurs d’un joli pied de nez sans destinataire. Plaisir non dissimulé des freezés en voyant les danseurs de tektonique s’épuiser en moulinant l’air de leur bras face, à un public immobilisé. Et puis, comme si l’on appuyait sur la touche « lecture » du DVD, la meute mutique s’ébranle à nouveau. Les roues d’une patinette véhiculent un grand garçon, un ballon de foot traverse la foule, une flamme sort enfin d’un briquet.
Mr. Freeze frissonne de satisfaction, ce sorbetier de la promenade du samedi a composé un mystère glacé au parfum de succès. Ses petits esquimaux le rejoignent à la fin du happening : « c’est quand le prochain Freeze ? Aux Champs Élysées ?». Mr. Freeze reste de glace, ne pas s’avancer trop vite, mais il est certain que ce Freeze aura un effet boule de neige.
texte: Etienne Rouillon
vidéos: Raphael Duroy et Pierre Jampy

















Très heureuse d'avoir assisté à cet événement ( completement par hasard...). Très impressionnant !