La sortie du film vue de New York par Clémentine Gallot

 

SATURATION IN THE CITY

 

L’adaptation ciné de la plus new-yorkaise des séries suscite une intense frénésie outre-Atlantique, ainsi que quelques questionnements sur sa bonne fortune. Notre correspondante dans la Grosse Pomme a croqué pour nous cet engouement.

"Get carried away ». Le slogan prometteur sur les affiches de Sex & the City – The Movie est apparu peu à peu dans les rues de New York et les publicités ont envahi les écrans. Le film, qui sort le 30 mai aux États-Unis et dont la première a eu lieu à Londres, reprend les aventures de Carrie et de sesfabulousgirlfriends là où la série les avait laissées. Comme de rigueur, la sortie du film s’accompagne de l’emballement fanatique qui préside à toute adaptation de séries cultes sur grand écran. Qu’il s’agisse d’en exploiter la mythologie (le rétro Starsky & Hutch, l’énergique Charlie’s Angels) ou de leur attribuer une ampleur jusque-là insoupçonnée (Miami Vice), les bénéfices de ce type d’adaptation sont manifestes. Face au destin parfois malheureux des séries anglo-saxonnes au cinéma (l’on pense avec regret à Ma Sorcière bien aimée, Chapeau melon et bottes de cuir et Absolutely Fabulous), les fans de Sex and the City attendent de cette transposition qu’elle restitue au moins son folklore glamour.

Récemment, des photos du tournage, alimentant les spéculations, ont opportunément filtré dans la presse, dont une où l’on voit Carrie en robe de mariée (flash-back ? rêve ? happy end ?). La bande-annonce, en ligne depuis mars, promet naissances, déconvenues, coucheries en tout genre mais aussi, hélas, un décès redouté. Ce projet à 60 millions de dollars, habile manoeuvre commerciale, a suscité quelques réserves outre- Atlantique. Après d’innombrables rediffusions télévisées du feuilleton, certains craignent que le film réalisé par Michael  Patrick King, l’un des producteurs de la série, ait perdu un peu de sa fraîcheur dans un environnement culturel qui reste saturé de ses références. Née de l’optimisme des années Clinton, la série inspirée du roman de Candace Bushnell, depuis ses débuts il y a dix ans sur HBO, avait fait de New York son personnage principal, confortant le mythe d’une ville qui ne dort jamais. À travers, notamment, la romance avortée de Carrie avec l’insaisissable Mr Big, la série et son marivaudage trash établissaient la chronique minutieuse des modes de sociabilité des New-Yorkais.

 

Si le tournage dans les rues de Manhattan a attiré des foules de curieux, les producteurs du film se sont un peu faits couper l’herbe sous le pied. En effet, la guerre que se livrent les séries pour occuper l’espace vacant laissé par Sex & the City en 2004 a donné lieu cette année à des productions concurrentes mettant en scène des successful working girls. Cashmere Mafia, avec Lucy Liu, sur la chaîne ABC est produite par l’ancien créateur de Sex & the City, Darren Star, alors que sur NBC Lipstick Jungle avec Brooke Shields est basée sur un autre roman de Candace Bushnell. Accusées par la presse de recycler les recettes établies par Sex & the City, ces deux nouvelles venues délaissent précisément ce qui faisait son intérêt, note le New York Times, c’est-à-dire la vision anthropologique et moderne de New York. Reste à voir si Sex & the City – The Movie saura regagner la place qui lui est due et faire revivre une dernière fois l’esprit caustique et la vivacité de la série, sous de meilleurs auspices.

 

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