Cinéma
[Interview] Xavier Dolan - J'ai tué ma mère
Le 15/07/2009
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Son premier film, J’ai tué ma mère, a raflé trois prix à la Quinzaine des réalisateurs. À tout juste 20 ans, le Québécois XAVIER DOLAN réalise, interprète, écrit. Et célèbre la différence. Rencontre sans fard.
Dans quel milieu avez-vous grandi ?
J'ai grandi en banlieue de Montréal. J'ai été au pensionnat très jeune, entre 9 et 14 ans. Ma mère était responsable des admissions dans un collège. Mon père acteur, chanteur, compositeur, interprète... J'ai eu une enfance passablement heureuse et banale.
Quel autre métier pourriez-vous faire ?
Auteur, ou poète. J'aime écrire, de toutes les façons possibles. Répliques ou quatrains, c'est une façon à nulle autre pareille de m'affranchir, de survivre à quelque chose d'effrayant et de plus grand que moi.
Quel est votre rapport à la littérature ? Pouvez-vous me parler de votre tatouage ?
Je lisais plus avant. Je pourrais dire qu'à présent je ne lis plus, faute de temps, mais ce serait mentir. Je lis encore un peu, mais moins, probablement parce que je passe trop de temps écrire. La phrase de Cocteau que j'ai tatouée juste en-haut du genou droit est « L'oeuvre est une sueur. » J'aime Cocteau. Il représente tout ce que je ressens, tout ce que je préconise, tout ce que j'admire. C'est mon héros. En général, tout ce qu'il écrit (et dessine) m'évoque énormément de choses spontanément. J'avais lu au sujet de Cocteau les mots d'un historien ou d'un homme de lettres dont le nom m'échappe : « Cocteau a crée son époque en même temps qu'il y vivait. »
Comment prenez-vous le fait qu’on attache tant d’importance à votre âge ?
Ça m'indiffère un peu. J'espère simplement que le film sera jugé de façon impitoyable, sans que l'âge ne constitue un argument contre la maladresse. J'espère que l'épithète « jeune réalisateur » ne confinera pas le film à un rayon limité de premières oeuvres « courageuses ». Je veux que mon film soit le moins étiqueté possible. Qu'on en parle comme d'un bon ou d'un mauvais film, mais jamais comme d'un « bon film pour un réalisateur de 20 ans ».
Pourquoi le thème de la différence vou intéresse-t-il particulièrement ?
Parce que la société moderne se définit par son rapport à la différence. En général, les gens ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas, ne partagent pas, où ne comprennent pas. Je ne parle pas vraiment par empirisme, étant assez jeune. Et pourtant, j'ai déjà été confronté à plusieurs situations d'ostracisme... Pour moi, la différence est une richesse de l'être et une forme de bénédiction. Elle permet à qui la détient involontairement, ou à qui la cultive, d'échapper à la ressemblance collective qui unit tant de gens dans l'uniformité. Les gens différents m'intéressent parce qu'ils représentent une occasion toujours renouvelée de varier et t'étoffer les perceptions, les analyses, les goûts, etc.
Quels sont vos rapports avec votre mère ? A-t-elle vu le film ?
Mes rapports avec ma mère sont bons. Sans se confiner à ce qui est strictement nécessaire, nous n'avons pas une relation très élaborée. C'est une femme que j'aime et que j'admire d'une certaine façon. Elle a vu le film. Elle l'a aimé.
Quelques mots sur votre prochain film ?
Il s'agit d'une ode à l'amour impossible. Un homme et une femme filent le parfait amour, quand lui décide de devenir une femme. Et elle décide de le suivre. Leur histoire dure 20 ans. Ils se trouvent, se perdent, se réinventent, prennent la fuite, se quittent, se retrouvent, se tuent, se font du bien...
_Propos receuillis par Juliette Reitzer















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