RÊVE GÉNÉRAL


Après avoir sondé nos mémoires dans le mémorable Memento, l’écuyer du Dark Knight livre sa science des rêves dans Inception. Une histoire proprement à dormir debout, mais du sommeil du juste.
_Par Étienne Rouillon

Pince moi pas, je rêve ; des chimères en chiasmes de l’illusionniste Christopher Nolan,marchand de poudre à canon comme de sables mouvants, de ceux dont il fit les miroirs d’Inception. Projections sur écrans mis en abyme, celui de la salle de cinéma où DiCaprio crame la toile,et celui, intime,des personnages,qui se jouent leur petit cinéma, leur rêve. «Nous sommes le rêve d’un dormeur qui dort si profondément qu’il ne sait pas qu’il nous rêve» songeait Jean Cocteau. C’est précisément ce dont il est question dans ce film de braquage onirique, l’histoire d’une équipe de voleurs dont la spécialité est de s’introduire dans les rêves des endormis pour leur dérober des informations.
Un hold-up des subconscients qui aurait pu se ronronner comme une sorte d’Ocean’s Twelve fantasmagorique. Mais Nolan ne s’est endormi que d’un œil sur ses prestigieux lauriers et met fin à de jouissives scènes d’exposition en dictant son barbarisme : inception. Allez, on se risque à le traduire par ensemencement. Pour Dom Cobb (Leonardo DiCaprio) et ses acolytes, il ne s’agit plus de barboter des secrets mais de réaliser une inception, autrement dit d’insuffler une idée dans les neurones ensommeillés de leur cible. Le plus fort c’est que l’inception tombe jusque dans la salle. Cette autre inception, c’est celle d’un réalisateur et d’acteurs qui démontrent le pouvoir d’ensemencement du cinéma, de ces films qui n’ont pas encore dit « coupez ! » dans votre crâne à la fin du générique.
Conte d’effets, également. Privilégiant une approche réelle, le réalisateur a limité les trucages numériques et leur a préféré plateaux tournants sur vérins et explosions à la dynamite.Ce qui confère une étrange familiarité aux séquences oniriques. Logique,on rêvait déjà l’apesanteur avant les fonds verts et les ordinateurs. Nolan tourne sa magie avec une complexité élémentaire. Il y a quelques années, il appelait ça le prestige.

Un film de Christopher Nolan // Avec Leonardo DiCaprio, Ellen Page… // Distribution : Warner Bros. // États-Unis, 2010, 2h28

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