Traces, signes et mémoire

Informations pratiques
Jeudi 16 Juin 2022 à 20h00
Présentation

De photographies prises par des déportés dans les camps, Christophe Cognet a fait un film "À pas aveugles" et un livre Eclats (Seuil). Avec les plaques commémoratives de la Seconde Guerre mondiale fixées dans les rues de Paris, Philippe Apeloig construit un mémorial sous forme de photographies rassemblées dans Enfants de Paris, 1939 – 1945 (Gallimard) et projetées lors des journées du Patrimoine 2021 sur les murs du Panthéon.

Comment lit-on, transmet-on ces images du désastre ? Comment les donne-t-on à voir ? Selon quel dispositif ?
Ils débattront de ces questions avec Florent Georgesco (Le Monde).

Le court-métrage documentaire "Ces murs qui nous font signe" (32’) sera projeté le soir de la table ronde, le jeudi 16 juin à 20h, au mk2 Bibliothèque.
Rencontre suivie d’un débat avec le public et d’une signature.

En complément de la rencontre, Christophe Cognet présentera "À pas aveugles" en avant-première, le 14 juin au mk2 Bibliothèque.
Vous pourrez également découvrir son film "Parce que j'étais peintre" les 13, 14 et 16 juin, au mk2 Bibliothèque.

Programme
Christophe Cognet
« Puisque des femmes et des hommes ont risqué leur vie pour nous transmettre des images du désastre, il nous faut les regarder, en faire l’archéologie – nous en sommes les légataires.

À partir de l’expérience de l’écriture d’un livre, Éclats, et de la réalisation d’un film, "À pas aveugles", sur le même corpus de photographies prises en secret dans les camps nazis, et de celle d’un autre film, "Parce que j’étais peintre", sur l’art clandestin dans ces mêmes lieux de mort – qui constitue le premier volet d’une même démarche –, il s’agira de s’interroger sur les pratiques de l’écriture et du cinéma à la rencontre de ces images lazaréennes. Soit une discussion sur ces traces dans toutes leurs dimensions, dans toutes leurs « charges » pourrait-on dire – charges émotionnelles, documentaires, artistiques, philosophiques, juridiques, intimes et sensibles. Avec en point de mire la question de la justesse : en quoi une image est-elle juste face à de tels évènements, quelle est sa part de vérité et de quoi atteste-t-elle, qu’est ce qui peut nous faire signe en elle ?
Et nous, qui les regardons dans le confort de notre distance avec les évènements qu’elles tentent de désigner, quelle est notre éthique de regard et d’écriture, de mémoire, à leur égard et à celui de leurs auteurs ? »

Philippe Apeloig
« Aux yeux d’un typographe, la ville est parsemée de signes imperceptibles qui lui donnent son identité. Les rues de Paris sont marquées par la présence de nombreuses plaques commémoratives que l’on remarque rarement, même lorsque notre regard glisse dessus.

J’ai commencé à les observer quand ma mère en a fait apposer une, en 2004, en hommage aux Justes de Châteaumeillant, la ville où elle avait été cachée enfant.

Depuis, j’ai entrepris de photographier toutes les plaques parisiennes commémorant la Seconde Guerre mondiale et de les rassembler dans un livre, Enfants de Paris 1939-1945, publié aux Éditions Gallimard en 2018. Qu’y a-t-il derrière ces plaques, derrière ces noms, ces mots et ces phrases taillés dans la pierre ? Des actes de courage, des destins tragiques, des vies sacrifiées… La collecte de ces images ouvre le regard sur ces traces gravées de la mémoire, qui sont comme les fragments d’un livre éparpillés dans la ville.

J’y ai donné suite par l’installation "Ces murs qui nous font signe" où les images des plaques ont été projetées sur les murs extérieurs du Panthéon en septembre 2021 à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, faisant dialoguer l’histoire, la mémoire et la typographie. J’ai souhaité ainsi rendre hommage à tous les disparus, dont les noms sont inscrits sur les murs de Paris, et les faire résonner avec ceux qui reposent au Panthéon.

Graphiste, je trace un trait d’union entre mémoire et typographie en partageant l’émotion qui se dégage des plaques, leur beauté et le message qu’elles délivrent. »